[fr] Romane Sauvage - Renverser le mythe de la sorcière

D’Ulysse à Robinson Crusoé, en passant par Narcisse ou l’arche de Noé notre société est traversée de mythes. Ils prennent la forme de textes religieux, de légendes locales ou de contes racontés aux enfants pour leur faire comprendre le monde. Mais au-delà des récits, les mythes sont sociaux, sont structurels et structurants de nos sociétés. Ils permettent d’en garantir la stabilité et de justifier son fonctionnement en déployant un message, des valeurs, croyances et idéaux. Par exemple, dans les mythes précédemment cités, les acteur.rices principaux.ales sont tous des hommes : une façon de les mettre sur le devant de la scène qui témoigne et justifie, en creux, de la place dominante des hommes dans la société occidentale. 

Naturaliser les catégories de genre

Le patriarcat, comme forme d’organisation sociale dans laquelle les hommes exercent le pouvoir dans tous les domaines, y compris dans les sphères familiales et intimes, repose sur une série de mythes. Ceux-ci peuvent être des histoires originelles, c'est-à-dire narrant les temps immémoriaux de l’origine du monde et des humains. Ils donnent un fondement et une justification au fonctionnement genré, binaire de notre société. La Bible, par exemple, pose les deux catégories comme tout à fait premières, en nommant Adam et Eve, respectivement homme et femme. Et ce, en faisant d’Eve la mère de l’humanité, elle-même créée par Dieu, à partir de la côte d’Adam. Celui-ci est ainsi décrit comme le premier humain. Par exemple, l’exégèse de Saint Jérôme, qui propose ce mot de côte, fait de cette naissance le symbole de la subordination d’Eve à Adam. 

La catégorie homme devient alors normale au sens où la position matérielle idéale dans la société est le fait d’être un homme (donc de disposer d’un ensemble d’attributs pour entrer dans cette catégorie). Mais comme le patriarcat n’est pas le seul système de normes et de valeurs qui régit le monde humain, cette position est couplée avec d’autres critères, d’autres avantages : l’origine ethnique, la classe économique, la religion, la sexualité… Le fameux « rich white old man » est, sans doute, la combinaison ultime de ces facteurs. 

Conséquemment, le masculin devient, dans les représentations, le neutre ou la base. Dans la langue française, le « masculin l’emporte sur le féminin ». Dans les journaux, le point de vue « neutre » est en réalité celui d’hommes blancs, souvent aisés [1]. Les catégories d’homme et femme sont naturalisés dans leur déséquilibre.

Distribution des attributs

Les mythes relaient aussi, par de grandes figures récurrentes, des exemples de ce qui est acceptable ou non du point de vue de la société. Dans les histoires racontées dès le plus jeune âge, les descriptions de femmes convoquent des séries d’images, d’adjectifs, de représentations qui forment la femme idéale ou son antithèse. Indirectement, ces mythes posent donc le cadre de ce qu’une femme doit être ou ne pas être. Être une femme correcte c’est être celle qui attend dans sa tour d’ivoire, victime, qu’un preux chevalier, un homme, vienne la sauver. Si aujourd’hui rares sont les personnes coincées dans des tours d’ivoire, ce profil donne indirectement la consigne aux petites filles : rester fragiles et calmes, être aidées, chaperonnées. Ou le grand méchant loup les mangera.

Et l’opposée de cette femme correcte c’est la figure ultra récurrente de la sorcière. Cette femme a évolué hors des codes de la société, de la normalité. La sorcière est le symbole de tout ce que les femmes ne doivent pas être et est, de fait, hors du système social. En la définissant comme antithèse de la femme parfaite, ce mythe permet de maintenir le système patriarcal. 

La sorcière est tantôt sexualisée, très belle et envoûtante, tantôt repoussante et malfaisante, seule et aigrie, pleine de cheveux blancs et pustules. Elle est aussi cette femme seule, cette femme à chat, cette femme à barbe, cette femme qui n’enfante pas, cette femme qui ne suit pas les préconisations religieuses. En somme, cette personne qui n’est pas femme comme le système patriarcal et hétérosexuel l’a défini. Cette femme qui refuse la binarité de la société, mais aussi tout ce que cela implique des rapports de pouvoir. Elle est la Lilith, démon féminin de la tradition juive, celle qui ne se cantonne pas à son rôle de mère mais qui choisit une sexualité débridée, en dehors des normes. 

Le renversement du mythe dans le féminisme

Les chasses aux sorcières sont radicalement misogynes en ce qu’elles s’attaquent à toute forme d’écart à ce que doit être une femme dans un système patriarcal. Car, si les sorcières font peur aux plus jeunes, elles n’ont rien de créatures aux pouvoirs malfaisants, mais sont des êtres qui ont l’audace de menacer l’intégrité du système patriarcal. Les chasses aux sorcières du XVIe siècle représentent ainsi bel et bien une série de féminicides particulièrement organisés. 

C’est l’ouvrage de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, qui, le plus récemment, a rassemblé ce propos. L’autrice dit à France Culture, à propos des 100 000 « sorcières » tuées entre le XIVe et le XVIIIe siècle : « C’étaient beaucoup les veuves, les célibataires, les femmes qui n’étaient pas sous le contrôle d’un homme en fait. C’étaient aussi les vieilles femmes et beaucoup d’entre elles ont été brûlées à l’époque. La vieille femme, c’est aussi la femme qui n’est plus utile pour le pouvoir patriarcal. Elle a perdu sa force de travail souvent, elle ne peut plus faire d’enfants, elle n’est plus considérée comme agréable à regarder. » Si l’on ne brûle plus de sorcières, ce mythe est latent dans chacune des représentations féminines présentes dans notre société. 

Sorcière est un terme performatif, désignant la sorcière comme personnage mis au ban et mettant à l’écart la personne désignée comme telle. C’est tout l’objectif du réseau d’images lié à ce personnage. Sur France Culture, Mona Chollet détaille : « Comme les supplices étaient publics, on peut penser que le fait de voir une autre femme brûlée pour avoir eu un comportement déviant, ça devait avoir un effet disciplinaire énorme sur l’ensemble des femmes. » Ainsi, dit-elle dans son livre : « toutes les femmes, même celles qui n’ont jamais été accusées, ont subi les effets de la chasse aux sorcières. La mise en scène publique des supplices, puissant instrument de terreur et de discipline collective, leur intimait de se montrer discrètes, dociles, soumises, de ne pas faire de vagues. En outre, elles ont dû acquérir d’une manière ou d’une autre la conviction qu’elles incarnaient le mal ; elles ont dû se persuader de leur culpabilité et de leur noirceur fondamentales ». 

Et leurs conséquences ont perduré. Comme l’explique l’autrice il faut « [...] explorer la postérité des chasses aux sorcières en Europe et aux États-Unis. Celles-ci ont à la fois traduit et amplifié les préjugés à l’égard des femmes, l’opprobre qui frappait certaines d’entre elles. Elles ont réprimé certains comportements, certaines manières d’être. Nous avons hérité de ces représentations forgées et perpétuées au fil des siècles. Ces images négatives continuent à produire, au mieux, de la censure ou de l’autocensure, des empêchements ; au pire, de l’hostilité, voire de la violence. Et, quand bien même il existerait une volonté sincère et largement partagée de leur faire subir un examen critique, nous n’avons pas de passé de rechange. »

Le féminisme, c’est alors reprendre les attributs de la sorcière pour les assumer en ce qu’ils sont révolutionnaires, en ce qu’ils remettent en cause le patriarcat et ses injustices intrinsèques. Le féminisme est un renversement de ce personnage mythique qu’est la sorcière, mais aussi des représentations dont font l’objet les femmes, pour un monde plus juste. 

Le système capitaliste et patriarcal tente l’autoconservation, l'annulation de ce renversement, comme le souligne Mona Chollet : « Pratique spirituelle et/ou politique, la sorcellerie est aussi une esthétique, une mode… et un filon commercial. Elle a ses hashtags sur Instagram et ses rayons virtuels sur Etsy, ses influenceuses et ses autoentrepreneuses, qui vendent en ligne sorts, bougies, grimoires, superaliments, huiles essentielles et cristaux. Elle inspire les couturiers ; les marques s’en emparent. Rien d’étonnant à cela : après tout, le capitalisme passe son temps à nous revendre sous la forme de produits ce qu’il a commencé par détruire. » Mais à la fois, elle rappelle qu’« [une] mince ligne de crête sépare ce développement personnel – fortement mêlé de spiritualité – du féminisme et de l’empowerment politique, qui impliquent la critique des systèmes d’oppression ; mais, sur cette ligne de crête, il se passe des choses tout à fait dignes d’intérêt.» En s’appuyant sur la popularité retrouvée des sorcières, il en faudra alors peut-être peu pour faire pencher la balance du côté de la révolution féministe. 


[1] Sur ce point, lire Le génie lesbien d’Alice Coffin.



* Romane Sauvage. Diplômée en datajournalisme et journalisme, titulaire d’une licence d’histoire et d’une licence de littérature. Mes sujets de prédilections sont l’environnement, l’économie et la culture. Dans chacun d’entre eux le féminisme est un outil d’analyse majeur. 




[esp] Constanza Carlesi - La Electra que no fui…

Canto a mi padre

Cada año nace el mismo entierro al que no fui.
Nadie celebra. En la familia hay una pausa cerebral. Yo desde lejos, cuento los días que faltan para que se cumplan, mientras la lluvia hace lo suyo: nos aísla y nos encuentra. «La Electra que no fui, pero que soñé», truena dentro, grita ¡sangre de mi madre! ¡muerte de mi padre! Yo me tapo las orejas cuando escucho, las pantallas, las puertas, el alma, las bolsas de basura derramadas, la pestilencia, el perfume, la gente camina sin saber, ni sospechar lo que pasa…
Llueve el cielo, llueven los huesos, listas infinitas de personas que no conozco, el sol saliendo por fin, pero nada, no puedo recordar a ninguno de los que he querido tanto. Todos son iguales al final del camino. Las miradas se confunden, los cabellos, la sonrisa, los dientes, el sexo, los aires, la belleza, la gordura, la flaqueza y los feos que enternecieron mi cuerpo-anhelo-deseo por reencontrarme. Por ser yo otra vez, ese pequeño mili segundo que fui antes de tu única y última despedida. Mi memoria juzga todos mis actos, avanzo y regreso, avanzo y regreso, avanzo y regreso. Diciembre se pone gigante, como una manzana ensanchada de Magritte sobre mi sombrero-cerebro. O como si Adán hubiera asesinado a manzanazos a Eva. ¿Y qué hubiera pasado si a ella no le hubiera nacido el impulso? ¿Y qué pasaría si yo pudiera recordar mejor? ¿Si tuviera una memoria-micro-chip-robótica para dormir? O no mejor, para cerrar, respirar, abrir los ojos y tenerte ahí. Respirando…
Tu cuerpo alto, las señales de la muerte trepando hacia tus arterias tapadas, insistiendo en esa aorta que se rompió y sangraron los edificios mientras la gente fumaba y fumaba y el autobús no llegaba. No pasaba nada en realidad. Ya habías desaparecido.
Mucho de lo que no recuerdo, toma forma con la manzana-diciembre asesina, o maltratadora, o maldita, o enjuiciadora, o zombie, o podrida, o muerta, o inexistente, o impensada, porque Adán sería incapaz según él mismo. Incapaz sería seguro.
Entonces todo lo que no recuerdo se rompe como la aorta que sangra y mancha de injusticia el final de una historia real, que se vuelve a contar, una y otra vez hasta que vuelva a morir y se vuelva a contar y se vuelva a morir y se vuelva a contar de raíz. Se quemen los santos y se alaben demonios, ¡qué futuro! Si aquí estamos, en medio de la nada. Comiendo del vacío-pantalla y programaciones que recuerdan todo lo que ya no se puede, porque la memoria es una gran manzana que asesina y mata mujeres de la mano de un Adán que sería incapaz, que seguro que sería incapaz. Padre, escúchame, este año no puedo escribirte en paz.
Porque   los    edificios    llueven    tu    sangre… Porque no encuentro una memoria que te replique… Porque ya han pasado demasiados años y la gente olvida… Porque mueren santos dictadores y triunfan zombies chupadores
Porque las bocinas no dejan de llorar: ¡acelera, acelera que el tiempo pasa!...
¡Porque naciste un día demasiado cercano a tu muerte!
¿y entonces cuál es el rito? ¿será un grito que rompa el patético llanto de las bocinas? ¿o un llanto que limpie la sangre de los edificios? ¿o una bomba que extermine zombies chupadores y resucite santos dictadores? 
Mi padre era bueno, pero no sabía.
Me cantaba todas las noches, pero no sabía. 
Me llamaba cada tarde, pero no sabía.
Me hacía el desayuno, pero no sabía. 
Me mataba el hambre, pero no sabía.
Me borraba el recuerdo, pero no sabía. 
Me dejaba lejos, pero no sabía.
Me abrazaba nunca, pero no sabía.
Me despedía para siempre, pero tampoco sabía.

Es verdad, la imagen de la muerte no la tengo. Del grito desgarrado tampoco y menos de la familia celebrando un cuadro negro pintado. 
Estamos lejos juntos padre, pero no de la mano. No de una piel que nos dé el último abrazo. El último guiño de ternura fea, o de dientes amarillos, o de tu boca, o de tu cigarrillo en la mano, padre. Te veo muy bien vestido como siempre, perfumado, de negro y blanco, otra vez muerto, otra vez poema, otra vez tú… respirando.


Del poemario “La Estratega” de La Conirina.


[1] Puedes escuchar el voz-poema aquí: linkVoz poeta: La Conirina. Guitarra: Daniel Bardon. Clarinete y voces: Ellen Indigo. Registrado por EMSONA Studios, Valencia, España 2018.



* Constanza Carlesi Del Río (Santiago, Chile, 1985). Poeta, actriz, dramaturga y crítica teatral. Co-fundadora de GESTA, Festival de teatro porteño de mujeres (2014). Máster en Estudios hispánicos avanzados, Universitat de València (2016).  La Estratega (Petit Editor, 2017) es su poemario firmado como La Conirina. Radicada en Francia, publica Carmesí Delirio (Printcolor, 2020).




[fr] Flora Souchier - Ricochets contre ciment

Ce joyau nu tombe à travers mon coeur — comme un effondrement
A la dérive soleil couchant
les rails en ligne de mire
les éclats me parsèment
autant de paillettes sur ta peau

15 ans à me manger des murs
à tomber amoureuse comme on tombe du balcon
tabasser les impasses jusqu’à frayer des brèches
Captain fracasse
amoureuse de la frappe
en mal de roche à tout bout de hache
des guirlandes sans ampoules
et ça pète des durites à tout bord de virage
à chaque battement de cloche
ça fait semblant de vivre
 
 Entre moi et mon désir pas de check point rien
d’à peu près censé qui puisse dire
Meuf arrête-toi tu fais n’importe quoi
(et cette vigile aurait l’accent de la Loire)
Arrêt minute
fin de tournage
relève
 — Aucune sorte de
mise au pas
quoi que ce soit d’à peu près
prudent
patient
Mots inconnus
 
Si la glissière est belle je vais dans la glissière
c’est la beauté qui garde l’âme au corps
seule raison de rester
vivre à poil sur l’autoroute
faire des câlins à des blindées
pour la vrille d’en voir quatre baisser leur fenêtre
quatre dans une vie c’est quoi
Amoureuse des causes perdues
pour la passion de quand ça prend corps
la métamorphose
la béance
la rupture d’aiguillage
j’aime changer les fins des histoires
prosélyte du contre-emploi
quant à savoir d’où ça vient
s’inventer missionnaire pour justifier son insolence
ça présente un charme certain
 
Je ne sais pas boire sans m’en mettre à côté
je ne sais pas manger sans miettes
je ne sais pas
aimer calmement
C’est que je joue au jeu
sans accepter les règles
 
Elle m’a donné un mouchoir
et sagement je l’ai caché
je suis seule à la gare
je respire le mouchoir

C’est l’autre rythme de mon corps
qui rosit tous mes crépuscules
ourle violemment les nuages
de toute la mélancolie dont je serai capable

J’ai trouvé dans la rue
tout Tite-Live
et la guerre de César
j’ai stocké ça en haut du sac
— mon seul sac
Ainsi qu’une fausse fourrure
la vendeuse avait du flair
« ça vous donne un air de louve »
j’ai allongé la monnaie
je m’ennuie
je tue les guêpes à la fourchette
peste contre les aoutats
J’arrive pas à pleurer
Orléans est immonde
et non content, interminable  

Je ramasse
je joue je flambe
et je me fais rouler dessus
à pieds joints sur les restes
c’est la vie que je mène
En cinquième et sans frein sur les lacets de la grève
et à flanc de falaise
toujours ça que je fais 

Regarde elle s’en va
milan azuré de grâce
bras sur mon sac en oreiller
zebrés de griffures de ronces d’ours et d’escaliers
j’ai mal à toi
de haut en bas
 
c’est sûr que la gare des Aubrais
c’est vraiment un fléau pour un chagrin d’amour



* Flora Souchier. Formée à l’ENS de Lyon et à la Comédie de Saint-Etienne, elle est comédienne. Son premier recueil, Sortie de route, lauréat du Prix de la Vocation Poétique, est paru chez Cheyne en 2019. Adapté avec les fondatrices de la Compagnie Opoponax, il existe désormais en version sonore, en libre accès sur podcloud.




[esp] Iris Almenara - WE ALL KNOW

Todas sabemos que Dios es negra 
y escupe fuego por la boca para quemar comisarías, 
Wall Street y la cara sudorosa de los poderosos.

Todas sabemos que Dios es negra 
y que un día la muerte nos cortará las rodillas 
pero no queremos que nadie nos robe la muerte.

Todas sabemos que Dios es negra 
y juega con las niñas en el patio del colegio 
y les dice que han de pisar bien fuerte a los malvados. 

Todas sabemos que Dios es negra 
y que solo recibe oraciones de los árboles que sufren 
y de las plantas que luchan por seguir moviendo sus hojas.

Todas sabemos que Dios es negra 
y que las mujeres presas, las que habitan en cárceles, 
son quiénes escuchan su aliento negro como lugar de auxilio y refugio.

Todas sabemos que Dios es negra 
y anda desnuda por las estaciones de metro con más de cien años 
y que las colillas del tiempo dejaron manchas en su dentadura.

Todas sabemos que Dios es negra 
y que nosotras, hermanas,
somos el diamante negro que nos robaron en el mar, 
la luz negra que hace parpadear al mundo entero.

Y durante mucho tiempo pensamos que Audre Lorde era Dios
pero pronto lo supimos, hermanas.

We all know. 

Y como todo lo importante,
un grafiti en el centro de la ciudad lo confirma:

Dios es negra. 



* Iris Almenara (Castellón de la Plana, 1989). En 2017 publicó su poemario “Ombligo, mundo y raíz” (Ed.Babilonia) con prólogo de Javier Gm. Recientemente ha publicado su poemario "Erizo púrpura" (Ed.El Petit Editor) con prólogo de Juan Carlos Mestre dentro de la Colección Palabreadorxs. Es miembro del coro sonoro poético – fonético Cantataticó. También forma parte del colectivo Militancia Poética. Ha participado en numerosos festivales poéticos como poeta invitada por toda España.




[fr] Claudia Ahumada et Malayah Harper - Juge et juré. Le système des Nations Unies laisse tomber les femmes qui dénoncent le harcèlement sexuel

De qui se souvient-on de l'histoire #MeToo de la décennie - Rowena Chiu ou Harvey Weinstein ? La plupart des gens reconnaîtront le nom Harvey Weinstein comme celui d'un prédateur en série de femmes. Pourtant, nous souvenons-nous des femmes qui prennent la parole ?

Alors que le mouvement #MeToo se répandait dans le monde entier, certaines des histoires d'abus les plus effroyables ont émergé des Nations Unies. Ces abus se développent aux Nations Unies en raison de sa structure unique qui empêche la responsabilité et la transparence.

En matière de harcèlement sexuel sur le lieu de travail, l'ONU enquête et fait rapport à lui-même. En étant à la fois partie et juge de la procédure, en établissant à la fois les règles et leur application, et en ne disposant pas de l'expertise pour soutenir les survivants tout au long du processus, le système judiciaire interne de l'ONU peut difficilement être qualifié de justice.

Comme l'a souligné Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l'ONUSIDA, en juillet 2020 : « Nous avons un système de justice défectueux qui ne prend pas soin de la victime. Il s'agit simplement des règles, et les règles ne sont pas équitablement évaluées dans l'intérêt de la justice de quelqu'un qui a subi un abus de pouvoir ».

Les enquêtes sur les abus sont souvent appelées par entités de l'ONU pour « calmer » les tempêtes médiatiques qui éclatent après la publication des histoires. Cela est illustré par le cas de l'ONUSIDA, lorsqu'en février 2018, les médias ont rapporté des allégations de harcèlement sexuel par son directeur exécutif adjoint de l'époque, Luiz Loures, qui nie les allégations. Après d'intenses pressions, dans une lettre aux organisations de défense des droits des femmes, le bureau du secrétaire général de l’ONU s'est félicité du lancement d'une enquête plus large sur les allégations. Ce que la lettre ne dit pas, c'est que ces enquêtes prennent des années et que les responsables de l’ONU savent - ce que de nombreux survivants ne savent pas - qu'ils n'ont aucune obligation de divulguer leurs conclusions.

En fait, la jurisprudence indique qu'ils ne le font pas. Pas aux femmes qui se sont exprimées, pas à leur conseil d'administration, à personne. Il n'est pas dit non plus que si les conclusions restent privées, les noms des membres du personnel qui ont témoigné sont visibles pour l'agence. L'asymétrie du pouvoir est indéniable.

Après deux ans, en août 2020, l'enquête de l'ONUSIDA s'est terminée silencieusement. À ce jour, il n’y a pas eu de reconnaissance publique de l’existence du rapport et les demandes d’accès ont été refusées au motif que des « conditions » ont empêché sa publication. Le système est, tout simplement, conçu pour laisser ces cas mourir d'une mort lente et silencieuse. Bien que l'ONUSIDA ait déployé un plan de gestion en réponse, il se limite à se concentrer sur des solutions de gestion interne et aucune des 25 actions ne se concentre sur le soutien aux survivants. En outre, à notre connaissance, aucune des femmes qui ont pris la parole ne reste employée par l'ONUSIDA. Au sein de l'organisation, leur histoire est devenue un avertissement.

Le cas de l'ONUSIDA est symptomatique des abus et du silence des survivants et des lanceurs d'alerte, endémiques aux Nations Unies. Dans une enquête récente, 28% des personnes interrogées ont déclaré craindre des représailles si elles signalaient l'exploitation et les abus sexuels.

Plus récemment, lorsque l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a été confrontée à des allégations d'exploitation et d'abus sexuels en République démocratique du Congo, elle s'est lancée dans une voie similaire à celle de l'ONUSIDA en 2018 : créer un groupe indépendant et s'engager à la tolérance zéro. Si, à première vue, aucune de ces actions ne semble déplacée, l'histoire nous met en garde contre la tentation de nous fier à des paroles bien formulées. Les groupes d'experts, les groupes de travail et les plans révisés font tous partie de l'arsenal de défense des Nations Unies contre les allégations. La question n'est pas de savoir s'ils sont bien intentionnés. Ce que nous devons demander en tant que communauté internationale, c'est si ces actions permettent de rendre justice aux survivants et si elles vont suffisamment loin pour prévenir les abus futurs.

Du 25 novembre au 10 décembre 2020 marquaient les 16 jours d'activisme contre la violence sexiste. Le thème « De la sensibilisation à la responsabilité » exige que nous mettions en lumière les conséquences pour les victimes d'abus en l'absence de responsabilité.

Au cours de la campagne de 16 jours de l'année dernière, notre appel était double :

Premièrement, la responsabilité et la transparence au sein des systèmes de l'ONU et des processus indépendants externes pour enquêter et rendre compte, qui répondent aux normes des approches centrées sur les survivants.

Deuxièmement, le besoin d'un soutien actif pour les survivants - à la fois lors des allégations et dans les suites. Reconnaître comment l'expérience de chaque survivant est façonnée par des identités intersectionnelles et leur fournir le soutien psychologique, juridique et social dont elles ont besoin.

L'ONU est la gardienne et la référence en matière de droits humains des femmes et des filles. Pourtant, qu'il s'agisse du slogan fatigué de la « tolérance zéro » ou de l'assurance d'une « approche centrée sur les survivants », l'ONU continuera à ne pas tenir ses promesses tant que la communauté internationale ne lui demandera pas de rendre des comptes publiquement et de manière inébranlable.


[1] Cet article a été publié pour la première fois dans Devex Link



* Claudia Ahumada est une avocate spécialisée dans les droits humains et une spécialiste du genre, originaire du Chili et du Canada, spécialisée dans le changement participatif. Travaillant à l'intersection des droits et des preuves, elle a développé des capacités et des ressources pour intégrer de manière significative le genre et la diversité dans les efforts de changement. Elle est la responsable, défense des intérêts de la société civile et des communautés au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ancienne membre du personnel de l'ONUSIDA, elle a dénoncé les mesures institutionnelles prises pour discréditer les femmes qui dénonçaient le harcèlement. tw @ClaudiaAhumadaG

* Malayah Harper est une experte en santé mondiale et en droits des femmes et une voix puissante de #MeToo. Elle est cadre en résidence au Geneva Center for Security Policy, conseillère pour Fair Share of Women Leaders, membre fondatrice du conseil d'administration et championne mondiale de SheDecides, et nouvelle directrice de la santé et des droits sexuels et reproductifs chez EngenderHealth. Elle est l'ancienne directrice de l'égalité des sexes et de la diversité à l'ONUSIDA. Elle a été la première femme à renoncer à son droit à l'anonymat et à parler publiquement de harcèlement sexuel à l'ONUSIDA en 2018. tw @MalayahHa



[1] Traduit de l’anglais par Andrea Balart-Perrier.




[esp] Claudia Ahumada y Malayah Harper - Juez y parte. El sistema de ONU le está fallando a las mujeres que denuncian el acoso sexual

¿A quién recordamos de la historia #MeToo de la década: Rowena Chiu o Harvey Weinstein? La mayoría de la gente reconocerá el nombre de Harvey Weinstein como el de un depredador en serie de mujeres. Sin embargo, ¿recordamos a las mujeres que hablaron sobre esto?

Mientras el movimiento #MeToo se extendía por todo el mundo, algunas de las historias de abuso más atroces surgieron de las Naciones Unidas. Estos abusos prosperan en la ONU debido a su estructura única que impide la rendición de cuentas y la transparencia.

En materia de acoso sexual en el lugar de trabajo, la ONU investiga y se informa a sí misma. Al ser parte y juez del proceso, al establecer tanto las reglas como su aplicación, y al no tener la experiencia para apoyar a los sobrevivientes durante todo el proceso, el sistema de justicia interno de la ONU difícilmente puede llamarse justicia.

Como destacó Winnie Byanyima, directora ejecutiva de ONUSIDA, en julio 2020: “Tenemos un sistema de justicia defectuoso que no se ocupa de la víctima. Se trata sólo de las reglas, y las reglas no se sopesan de manera ecuánime en interés de la justicia de alguien que ha sufrido abuso de poder”.

Las entidades de la ONU a menudo convocan investigaciones sobre abusos para “calmar” las tormentas mediáticas que estallan después de que surgen las historias. Así lo ejemplifica el caso de ONUSIDA, cuando en febrero de 2018 los medios informaron sobre un presunto acoso sexual por parte de su entonces director ejecutivo adjunto, Luiz Loures, quien niega las acusaciones. Después de una intensa presión, en una carta a las organizaciones de derechos de las mujeres, la oficina del secretario general de la ONU dio la bienvenida al lanzamiento de una investigación más amplia sobre las acusaciones. Lo que no decía la carta es que estas investigaciones tardan años en completarse y que los funcionarios de la ONU saben -lo que muchos sobrevivientes no saben- que no tienen la obligación de divulgar sus hallazgos.

En efecto, los precedentes indican que no lo hacen. No a las mujeres que hablaron, no a su junta directiva, a nadie. Tampoco se dice que, si bien los hallazgos permanecen confidenciales, los nombres de los miembros del personal que brindaron testimonio son visibles para la agencia. La asimetría de poder es innegable.

Después de dos años, en agosto 2020, la investigación de ONUSIDA concluyó silenciosamente. Hasta la fecha, no ha habido ningún reconocimiento público de que el informe exista y las solicitudes de acceso fueron denegadas con el argumento de que “condiciones” impidieron su divulgación. El sistema está, sencillamente, diseñado para permitir que estos casos mueran lenta y silenciosamente. Si bien ONUSIDA ha implementado un plan de gestión en respuesta, se limita a centrarse en soluciones de gestión interna y ninguna de las 25 acciones se centra en apoyar a los supervivientes. Además, hasta donde sabemos, ninguna de las mujeres que hablaron sigue empleada por ONUSIDA. Dentro de la organización, sus historias se han convertido en una advertencia.

El caso de ONUSIDA es sintomático del abuso y el silenciamiento de sobrevivientes y denunciantes, endémico en la ONU. En una encuesta reciente, el 28% de los encuestados dijeron que temían represalias si informaban sobre explotación y abuso sexual.

Más recientemente, cuando la Organización Mundial de la Salud (OMS) enfrentó acusaciones de explotación y abuso sexual en la República Democrática del Congo, emprendió un camino similar al de ONUSIDA en 2018: establecer un panel independiente y comprometerse con la tolerancia cero. Aunque a primera vista ninguna de estas acciones parece fuera de lugar, la historia advierte que no hay que confiar en las palabras bien redactadas. Los paneles, los grupos de trabajo y los planes revisados ​​forman parte del arsenal de defensa de la ONU contra las acusaciones. Si tienen o no buenas intenciones no es la cuestión. Lo que debemos preguntarnos como comunidad internacional es si estas acciones logran justicia para los sobrevivientes y van lo suficientemente lejos para prevenir futuros abusos.

Del 25 de noviembre al 10 de diciembre 2020 se cumplieron los 16 días de activismo contra la violencia de género. El tema “De la toma de conciencia a la rendición de cuentas” exige que arrojemos luz sobre las consecuencias para las víctimas de abuso cuando no existe la rendición de cuentas.

Durante la campaña de 16 días del año pasado, nuestro llamado fue doble:

Primero, la rendición de cuentas y la transparencia dentro de los sistemas de la ONU y de los procesos externos independientes para investigar e informar, que cumplan con los estándares para los enfoques centrados en los sobrevivientes.

Segundo, la necesidad de apoyo activo para los supervivientes, tanto cuando se hacen las denuncias como después. Reconocer cómo la experiencia de cada superviviente está determinada por identidades interseccionales y equiparlos con el apoyo psicológico, legal y social que necesitan.

La ONU es el guardián y quien define el standard normativo de los derechos humanos de mujeres y niñas. Sin embargo, desde el cansado lema de “tolerancia cero” hasta las garantías de “enfoques centrados en los sobrevivientes”, la ONU seguirá sin cumplir con su propia retórica hasta que la comunidad internacional no la haga responsable públicamente y sin vacilaciones.


[1] Este artículo fue publicado por primera vez en Devex Link.



* Claudia Ahumada es una abogada de derechos humanos globales y experta en género de Chile y Canadá, especializada en cambio participativo. Trabajando en la intersección de los derechos y la evidencia, ha desarrollado capacidades y desarrollado recursos para incorporar de manera significativa el género y la diversidad en los esfuerzos de cambio. Es la Directora de Promoción de la Sociedad Civil y las Comunidades del Fondo Mundial de Lucha contra el Sida, la Tuberculosis y la Malaria. Ex miembro del personal de ONUSIDA, denunció las medidas institucionales adoptadas para desacreditar a las mujeres que denuncian el acoso. tw @ClaudiaAhumadaG

* Malayah Harper es una experta en salud mundial y derechos de las mujeres y una poderosa voz de #MeToo. Es ejecutiva residente en el Centro de Política de Seguridad de Ginebra, asesora de Participación justa de mujeres líderes, miembro de la junta fundadora y defensora mundial de SheDecides, y directora entrante de salud y derechos sexuales y reproductivos en EngenderHealth. Es la anterior directora de igualdad de género y diversidad de ONUSIDA. Fue la primera mujer en renunciar a su derecho al anonimato y hablar públicamente sobre el acoso sexual en ONUSIDA en 2018. tw @MalayahHa



[1] Traducido del inglés por Andrea Balart-Perrier.




[eng] Claudia Ahumada and Malayah Harper - Judge and juror. The UN system is failing the women who blow the whistle on sexual harassment

Who do we remember from the #MeToo story of the decade — Rowena Chiu or Harvey Weinstein? Most people will recognize the name Harvey Weinstein as that of a serial predator of women. Yet do we remember the women who speak up?

As #MeToo swept the globe, some of the most appalling stories of abuse emerged from the United Nations. These abuses thrive in the U.N. due to its unique structure that prevents accountability and transparency.

In matters of workplace sexual harassment, the U.N. investigates and reports to itself. By being both party and judge of the proceedings, establishing both the rules and their application, and failing to have the expertise to support survivors throughout the process, the internal U.N. justice system can hardly be called justice at all.

As highlighted by Winnie Byanyima, UNAIDS executive director, in July 2020: “We have a flawed justice system that doesn't take care of the victim. That is just about the rules, and the rules are not fairly weighed in the interest of the justice of somebody who has suffered abuse of power.”

Investigations into abuse are often called by U.N. entities to “calm” media storms that erupt after stories emerge. This is exemplified by the case of UNAIDS, when in February 2018, the media reported on alleged sexual harassment by its then-Deputy Executive Director Luiz Loures, who denies the allegations. After intense pressure, in a letter to women’s rights organizations, the U.N. secretary-general’s office welcomed launching a broader investigation into allegations. What the letter did not say is that these investigations take years to complete and that U.N. officials know — what many survivors do not — that they are under no obligation to release their findings.

In fact, precedence indicates that they do not. Not to the women who spoke out, not their governing board, to no one. Also unsaid is that while the findings remain private, the names of the staff members who provided testimony are visible to the agency. The asymmetry of power is undeniable.

After two years, in August 2020, the UNAIDS investigation concluded silently. To date, there has been no public acknowledgement that the report even exists and requests for access were denied on the grounds that “conditions” prevented its release. The system is, quite simply, designed to let these cases die a slow and silent death. While UNAIDS has rolled out a management plan in response, it is limited to focusing on internal management solutions and none of the 25 actions focus on supporting survivors. Furthermore, to our knowledge, none of the women who spoke out remain employed by UNAIDS. Within the organization, their tale has become a cautionary one.

The case of UNAIDS is symptomatic of the abuse and silencing of survivors and whistleblowers, endemic in the U.N. In a recent survey 28% of respondents said they feared retaliation if they reported on sexual exploitation and abuse.

Most recently, when the World Health Organization faced allegations of sexual exploitation and abuse in the Democratic Republic of the Congo, it set out along a similar path to UNAIDS in 2018: establish an independent panel and commit to zero tolerance. While on face value none of these actions appear out of place, history warns against putting faith in well-crafted words. Panels, task forces, and revised plans all form part of the U.N. arsenal of defense against allegations. Whether they are well-intentioned is not the question. What we must ask as an international community is whether these actions achieve justice for survivors and go far enough to prevent future abuse.

Nov. 25 to Dec. 10, 2020 marked the 16 Days of Activism Against Gender-Based Violence. The theme “From Awareness to Accountability” demands that we shine a light on the consequences for victims of abuse when accountability is absent.

During last years’ 16-day campaign our call was two-fold:

First, accountability and transparency within the U.N. systems and external independent processes to investigate and report, that meet the standards for survivor-centered approaches.

Second, the need for active support for survivors — both when allegations are made and in the aftermath. Recognize how the experience of each survivor is shaped by intersectional identities and equip them with the psychological, legal, and social support they need.

The U.N. is the custodian and standard setter for the human rights of women and girls. Yet, from the tired tagline of “zero tolerance” to assurances of “survivor-centered approaches,” the U.N. will continue to fall short of its own rhetoric until the international community holds it accountable publicly and unwaveringly.


[1] This article was first published in Devex Link.



* Claudia Ahumada is a global human rights lawyer and gender expert from Chile and Canada, specializing in participatory change. Working at the intersection of rights and evidence, she has built capacity and developed resources to meaningfully mainstream gender and diversity across change efforts. She is the Manager, Civil Society and Communities Advocacy at the Global Fund to Fight AIDS, Tuberculosis and Malaria. A former UNAIDS staff member, she denounced the institutional actions taken to discredit women who spoke out against harassment. tw @ClaudiaAhumadaG


* Malayah Harper is a global health and women's rights expert and a powerful voice of #MeToo. She is an executive in residence at the Geneva Centre for Security Policy, an adviser for Fair Share of Women Leaders, a founding board member and global champion for SheDecides, and the incoming director of sexual and reproductive health and rights at EngenderHealth. She is the previous director of gender equality and diversity at UNAIDS. She was the first woman to waive her right to anonymity and speak publicly about sexual harassment at UNAIDS in 2018. tw @MalayahHa




[esp] Trinidad García Sepúlveda (Viva Australis) - Ya no más

Iba por la calle a visitar a una amiga que vivía a cinco minutos de mi casa. Era tarde por la noche y la avenida estaba oscura y vacía. Unos metros antes de llegar al edificio, escucho desde un taxi estacionado un silbido y un comentario de tinte sexual. 

Sentí miedo en todo mi cuerpo. Lo ignoré y apresuré el paso con el estómago apretado. El hombre bajó el vidrio y volvió a silbarme.

Ahí estaba yo, sola en la calle, tarde en la noche y la única persona presente era un tipo miserable que se aprovechaba de mi vulnerabilidad. Sentí la misma sensación que a mis 12 años, cuando una persona trabajando en una construcción me hizo comentarios sexuales mientras yo volvía del colegio. Ahora, años más tarde, la situación seguía siendo la misma… ¿Por qué? 

Algo despertó en mí. Me planté en el piso y me giré hacia él.

- ¿Qué me dijiste?

A los 15, un desconocido me detuvo en la calle para hacerme una propuesta sexual.

- ¿Perdón? - El taxista se hizo el desentendido.

A los 17, un tipo se aprovechó de mí mientras iba en el bus a mi casa. Grité por ayuda pero nadie me defendió. 

- DIJE: ¿QUÉ ME DIJISTE? - Me acerqué con zancadas largas y decididas.

Ahora, este taxista sabía perfectamente que una mujer sola en la calle a esa hora se siente insegura. Y no sólo no le importó, sino que me faltaba el respeto solamente para hacer gala de su “virilidad”. ¿Por qué alguien se siente en la posición de transgredir mi dignidad y provocarme miedo?

Ya no más. 

Indignada, con mucha violencia, le di una patada a la puerta. El tipo subió rápido el cristal y me preguntó qué me ocurría, argumentando que él me estaba elogiando. Imbécil. No me importan tus comentarios. No quiero saberlos. ¿Qué te has creído? Las mujeres no tenemos por qué estar escuchando este tipo de cosas ni tenemos porqué andar con miedo la calle ¿Acaso no tienes hermanas? ¿Madre? ¿Hija? 

Me dijo que estaba loca. Fue peor. 
¿“Loca”? ¿Por qué? ¿Por reivindicar el respeto que merezco? Ahí sí que me volví loca.

Embestí su puerta con toda la rabia de todos los comentarios sexuales que he recibido en mi vida. Ataqué su ventana con mis puños, golpeando furiosamente en el cristal al tipo que me agarró el culo mientras subía al transporte público cuando tenía 16 años, al que me hizo gestos sexuales junto a su amigo en la calle cuando tenía 21 y a todos, todos los que alguna vez me hicieron sentir esa misma sensación de vulnerabilidad desde mi infancia hasta este momento. 

“¡Esto no es por mí, es por todas! ¡No nos merecemos este miedo! ¡Esto no se lo haces a ninguna más!” le grité, mientras el tipo encendía el auto y se esfumaba como una rata por la calle vacía. 

Y ahí me quedé un rato, con el corazón latiéndome en la garganta, lágrimas en los ojos y con la rabia nauseabunda de saber que todas las mujeres que conozco tienen historias similares…
Pensé en mi prima, a quien un taxista intentó subir a su auto a la fuerza. Pensé en mi amiga Catalina y también en Camila, a quienes, en situaciones separadas, las siguieron por la calle tipos que les decían groserías y propuestas indecentes. Pensé en la mujer desconocida que vi alguna vez, hace años, siendo acosada por un tipo en una camioneta mientras ella esperaba el bus, tarde. Pensé en mi mamá, que tantas veces tuvo que rebelarse a los “halagos” porque ya no soportaba más el acoso callejero. Pensé en la Fernanda, que se bajó llorando del transporte público porque un tipo se masturbaba mirándola. 

Llegué al departamento de mi amiga tiritando, mientras por mi cabeza desfilaba la escalera inadmisible del machismo, de la cual el acoso callejero es apenas una parte del espectro… nace como comentarios en el seno familiar, escala a actitudes inapropiadas en los círculos sociales, halagos ofensivos en los espacios públicos, luego abuso sexual, secuestro, violación … ¿Cuánto es suficiente? ¿Cómo cortar de raíz el machismo?  

Todas soportamos demasiado, desde siempre. Ya no más. No más quedarse calladas, no más miradas condescendientes, no más hacerse los desentendidos, porque todas nuestras acciones construyen la realidad lo queramos o no. Tanto nuestra voz como nuestro silencio tienen consecuencias. Por eso tenemos que responder. Contestarlo todo. Contestarle al que te ataca y al que la ataca a ella y defenderla aunque no la conozcas, porque bien podrías ser tú, tu prima, tu amiga o tu mamá. Que resuene en las bocas de todas las mujeres hasta que resuene en la cabeza de ellos y que les quede bien claro: Ya no más.



* Trinidad García Sepúlveda. 
Naturalista, música y feminista de origen chileno. Cantante y compositora bajo el nombre Viva Australis, así mismo bióloga marina nivel máster 1. Eterna contestataria, actualmente continúa su búsqueda artística y sigue estudios de música en Francia. 




[esp] Andrea Balart-Perrier - Ce que nous appelons l’amour

Esperemos que cada vez sean más y más mujeres que hablen más y más fuerte, y que sus voces ocupen todo el lugar que les corresponde en la definición de eso que llamamos amor. Así termina su libro Reinventar el amor, Mona Chollet: cómo el patriarcado sabotea las relaciones heterosexuales. 

Considerado en frío, la heterosexualidad es una aberración, afirma Mona Chollet, después de todo, como lo indican Patricia Mercader, Annik Houel y Helga Sobota, las relaciones amorosas entre hombres y mujeres tienen la particularidad de ser las únicas relaciones de dominación social donde se espera que el dominante y el dominado se amen.

El amor heterosexual tiene mala prensa en el mundo de los temas feministas, efectivamente amamos a quienes nos tienen, consciente o inconscientemente en un sistema de dominación jerárquica que se puede ver de manera muy nítida en un sinfín de aspectos de nuestra existencia. Personalmente, soy heterosexual (muy), me encantan afectiva y sexualmente los hombres, y creo que es un asunto que debiese abordarse como primera prioridad, después de todo, trata sobre nuestra cotidianidad más íntima y una de las fuentes más potentes de sentido. Para mí el arte nace desde ahí, la pulsión, el deseo, el amor, la posibilidad de sentirse inmortal a pesar de la evidencia contraria (el tiempo que tenemos es bastante limitado).

Por lo que más vale no perderlo miserablemente dándose cabezazos contra la pared intentando entender por qué diablos no funcionan nuestras relaciones (hay un sentimiento general de que la dificultad es alta y el éxito dudoso), y afrontar el asunto cara a cara. En mi experiencia (no desdeñable desde el punto de vista del número de años rebanándome los sesos para hacerlo lo mejor que me ha sido posible), hay efectivamente ciertos patrones que ya sería bueno acabar. Actuar a dos niveles, igualdad de derechos y en el ámbito íntimo (también político, por supuesto), hacerlo distinto (parece urgente). La pandemia nos ha llevado por un carrusel de emociones de terror y ha llevado nuestras relaciones a una película gore: no queda nadie vivo (no estoy fuera de este extenso grupo). Entonces, ¿qué hacemos? Si el asunto con los años deriva, al compás de nuestra perplejidad, en algo más o menos así: por qué esperas cosas que no puedo dar, o por qué no esperas estas cosas y no esas que dices. Después es peor: todo el resto es silencio. Una que nunca ha estado callada, opta por dejar anotadito en un cuaderno, todo eso que la verdad no funciona para nada, pero para qué decirlo así tan claramente, mejor se lo digo a mi amiga, a mi mamá o a nadie. En realidad para qué lo voy a decir, mejor espero un poco a ver si se pasa, a ver si se acaba la pandemia, a ver si se da cuenta solo, a ver si cambia un poco, o bastante tendría que cambiar, a ver si la altura del balcón a la acera me acogerá con el suficiente cariño como para llevarme a la muerte y acabar con esta peregrinación de rodillas (si no se acaba de manos de la persona antes de alcanzar a saltar, 80 mujeres asesinadas en Francia en lo que va del año de manos de sus parejas). 

¿Qué es el amor? Eso no. Ni el placer, ni nada agradable. Qué no daría por encontrar a alguien más que capte esta deriva, qué no daría por conocer a un semejante, cantaba en 1995 Alanis Morissette, todo lo que realmente quiero es liberarme. La canción no ha perdido actualidad. Movimiento #metoo mediante, el ambiente está mucho, pero mucho, menos hostil, pero el patriarcado continúa saboteando nuestras relaciones heterosexuales, como bien afirma Chollet, y nos faltan herramientas, a pesar de su feliz esfuerzo de desentrañar cómo cuernos hacerlo mejor o al menos de manera diferente cada vez. También queremos liberarnos (no es patrimonio exclusivo de los hombres, eso está claro, aunque a veces quieran que lo parezca). Al igual que ella, lamentablemente, no tengo las respuestas, ni las soluciones, pero sé que el feminismo no va a disminuir mi amor por los hombres, por lo que el tema me interesa muchísimo: cómo tener una relación de pareja que no reproduzca exactamente lo que observamos en la organización del mundo. Es flagrante si una se pone a mirarlo más en detalle. No innovar en lo más mínimo, dios mío, ser feminista no te da ningún avance en este sentido, el patriarcado te da en plena cara apenas bajas la guardia (muy pronto). Las ganas de una relación con mucha imaginación quedan, siempre están ahí. Al final es siempre lo mismo, en todos los ámbitos de la vida, mientras más está presente, mayor el aburrimiento y la violencia, real y simbólica. Quiero estar en pareja y sentirme libre, ¿son incompatibles? No lo creo. Quiero sentir que surgen nuevas ideas, no que me marchito. Educamos a las mujeres para que se conviertan en máquinas de dar y a los hombres en máquinas de recibir, dice Mona Chollet, siguiendo la reflexión de Jane Ward. También nos gusta recibir, aunque a veces no se note. Creo que soy la modalidad de mujer más autónoma (espacio propio, para empezar, y mucho tiempo para la literatura), sin esconder que aspiro al amor y tengo deseos, y doy fe que también la tengo difícil, lo que me indica que es un fenómeno del cual no es fácil zafar: el terreno es adverso, pero nunca hay que rendirse. Muy rara vez me he sentido realmente atraída por una mujer, y no he profundizado en ese plano ni me interesa, así es que el intento sigue, con ánimo y humor, y sobre todo, con mucho amor. Acepto mi sensibilidad y me encanta. Agradezco a Mona Chollet por acompañarme en este momento, también a Doris Lessing, que me mostró que cada vez me acerco más a ser una unidad, como el cuaderno dorado de Anna Wulf, y a Maya Angelou, que ve las cosas tan claramente y con tanto humor. También a las mujeres que tengo más cerca, que siempre me permiten hacerme consciente que camino acompañada, y a los hombres que tengo cerca, que también caminan conmigo, en igual medida. Creo que una vida, una sociedad, una revista, la mayoría de los espacios, debieran estar abiertos a todas las personas, en caso contrario me siento muy limitada en los puntos de vista posibles y me incomoda. No quiero que nadie hable por nadie, pero necesito de todas las visiones y opiniones, aunque sea para darme cuenta de dónde provienen y de las contradicciones posibles. Si ser feminista y ser heterosexual parece a simple vista una contradicción, pienso que el problema justamente sería adaptarse a algo, lo que sea, a pesar de tus sensaciones y sentimientos, y esto es lo que creo que podrá liberarnos: somos quienes somos o que se acabe. El amor tiene que ser necesariamente la libertad y la plenitud: la expansión y el deseo (también de las mujeres). 



* Andrea Balart-Perrier es escritora y abogada de derechos humanos. Activista feminista, cofundadora, codirectora y editora de Simone // Revista / Revue / Journal, y traductora (fr-eng-esp). Nació en Santiago de Chile y vive en Lyon, Francia.




© Andrea Balart-Perrier.




Simone Nº1 - Simone Nº1 bis (la continuación / la suite / second part) - Simone Nº2

Simone // Revista / Revue / Journal

Presenta / Présente / Presents
[esp] 183 textos feministas y activistas (61 textos originales en español, francés e inglés, más 122 traducciones), junto a 68 ilustraciones o composiciones de obras, para reflexionar acerca de este presente feminista en movimiento.
[fr] 183 textes féministes et militants (61 textes originaux en français, espagnol et anglais, plus 122 traductions), ainsi que 68 illustrations ou compositions d'œuvres d'art, pour réfléchir à ce présent féministe en mouvement.
[eng] 183 feminist and activist writings (61 original writings in English, Spanish and French, plus 122 translations), together with 68 illustrations or art-works compositions, to reflect on this feminist present in movement.
Simone // Revista / Revue / Journal es un proyecto colectivo de activismo feminista, literario y trilingüe.
Simone // Revista / Revue / Journal est un projet collectif d’activisme féministe, littéraire et trilingue.
Simone // Revista / Revue / Journal is a collective project of feminist activism, literary and trilingual.
Próximo número / Prochain numéro / Next issue :
[esp] Te invitamos a enviar tu texto, feminista y activista, de un máximo de 1500 palabras (tema y formato libre) a simonerevistarevuejournal@gmail.com, incluyendo una breve biografía de un máximo de 50 palabras.
[fr] On t’invite à nous envoyer ton texte, féministe et militant, d’un maximum de 1500 mots (sujet et format libres) à simonerevistarevuejournal@gmail.com, en indiquant une brève biographie d’un maximum de 50 mots.
[eng] We invite you to send us your writing, feminist and activist, of maximum 1500 words (the theme and format is up to each author) to simonerevistarevuejournal@gmail.com, including a brief biography of maximum 50 words.