[eng] Javiera Manzi - The Constituent Process is also all these, our, histories

I came by bicycle from the former National Congress after a long day in the Constitutional Convention where the first articles of Justice Systems were voted. Suddenly I was overcome by something like a tremor in my whole body and then that cry, like a dam overflowing. 

I thought about that day at the Justice Center when my friends from the Coordinadora Feminista 8M [Feminist Coordinating March 8th Committee], the Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres [Chilean Network Against Violence against Women], my neighbors from the territorial assembly, my friends, my lawyers, my mother with her lifelong friends, my family and the families of the three accused arrived. I thought of each person who was present that day, but above all in the previous ones and how I am deeply grateful to them. 

I remember us doing the LasTesis [The theses] performance that morning, "patriarchy is a judge" we shouted so loud right there in front of the judges, in front of that giant glass and concrete building.

Three days after the Feminist General Strike, on March 11, 2020 we had the final hearing of a bullshit trial for the lawsuit we faced for allegedly defaming a government authority. We, the three accused, got to know each other in the process and learned to accompany each other.

I thought about that process that took more than a year of our lives, of our sleeplessness, of our impotence for being involved in a trial that was about all that "violence they do not see". While I was pedaling I thought about each hearing and its preparations, I remembered that lunch where we told each other those stories that led us to meet and that each one of us had lived more than 10 years ago. Experiences that were brought back to life with that spectral presence that dwells in so many of our silences. I remembered how I memorized my testimony for that hearing, to which after all they did not come, they excused themselves and we could not beat them either as we had hoped for months.

I thought of all those moments of one more story among so many others, I thought of how I will return to it in the future when it becomes increasingly unthinkable that others will get to live it.

Today, Chile became the first country in the world to enshrine the gender perspective and parity as a principle of the exercise of justice in the New Constitution of the Republic draft. And this, which is a profound and collective triumph of the feminist movement, is also and most intimately, each and every one of these small battles. 

I thought of that day where I felt so deeply vulnerable and accompanied, and just as I arrived home tonight, I felt again that relief of when I knew it was over. 

I thought about that echo in the courts that I hear again today. That echo that repeated in many voices a certainty with which we learned to conjure shame and fear.
 
"The fault was never ours, nor where we were, nor how we dressed."

I smile. The Constituent Process is also all these, our, stories.



* Javiera Manzi A. Sociologist, archivist at the University of Chile. Researches the intersections between graphics, politics and social movements; co-author of the book "Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989" [Graphic Resistance. Dictatorship in Chile 1973- 1989"]. Militant of the Coordinadora Feminista 8M [Feminist Coordinating March 8th Committee], she was advisor to Alondra Carrillo in the Constitutional Convention. She has written books, articles and columns on feminist politics and social revolt in Chile.



[1] Translated from the Spanish by Andrea Balart.




[fr] Javiera Manzi - Le processus constitutionnel, c'est aussi toutes ces, nos, histoires

Je suis venu en vélo de l'ancien Congrès national après une longue journée à la Convention constitutionnelle où les premiers articles des systèmes de justice ont été votés. Soudain, j'ai été envahi par quelque chose comme un tremblement dans tout le corps et ensuite ce cri, comme un barrage qui déborde. 

J'ai pensé à ce jour au Centre de Justice quand sont arrivées mes amies de la Coordinadora Feminista 8M [Comité de coordination féministe du 8 mars], de la Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres [Réseau chilien contre la violence à l'égard des femmes], mes voisines de l'assemblée territoriale, mes amies, mes avocates, ma mère avec ses amies de toujours, ma famille et les familles des trois accusés. J'ai pensé à chaque personne présente ce jour-là, mais surtout aux précédents, et à combien je leur suis profondément reconnaissante. 

Je me souviens que nous avons fait la performance LasTesis [Les thèses] ce matin-là, « le patriarcat est un juge », nous avons crié si fort juste là devant les juges, devant ce bâtiment géant de verre et de béton.

Trois jours après la Grève Générale Féministe, le 11 mars 2020, nous avons eu l'audience finale d'un procès à la con auquel nous faisions face pour avoir prétendument diffamé une autorité gouvernementale. Nous, les trois accusées, avons appris à nous connaître au cours de ce processus et avons appris à nous accompagner les unes les autres.

J'ai pensé à ce processus qui a pris plus d'un an de nos vies, à nos insomnies, à notre impuissance à être impliqués dans un procès qui portait sur toute cette « violence qu'ils ne voient pas ». Tout en pédalant, j'ai pensé à chaque audience et à ses préparatifs, je me suis souvenu de ce déjeuner où nous nous sommes racontés ces histoires qui nous ont amenés à nous rencontrer et que chacun d'entre nous avait vécues il y a plus de 10 ans. Des expériences qui ont été ramenées à la vie avec cette présence spectrale qui habite tant de nos silences. Je me suis rappelé comment j'avais mémorisé mon témoignage pour cette audience, à laquelle après tout ils ne sont pas venus, ils se sont excusés et nous n'avons pas pu les battre non plus comme nous l'espérions depuis des mois.

J'ai pensé à tous ces moments d'une histoire de plus parmi tant d'autres, j'ai pensé à la façon dont j'y reviendrai à l'avenir, lorsqu'il deviendra de plus en plus impensable que d'autres puissent la vivre.

Aujourd'hui, le Chili est devenu le premier pays au monde à inscrire la perspective de genre et la parité comme principe de l'exercice de la justice dans le projet de Nouvelle Constitution de la République. Et ceci, qui est un triomphe profond et collectif du mouvement féministe, est aussi et plus intimement, chacune de ces petites batailles. 

J'ai pensé à ce jour où je me suis sentie si profondément vulnérable et accompagnée, et juste en arrivant chez moi ce soir, j'ai ressenti à nouveau ce soulagement du moment où je savais que c'était fini. 

J'ai pensé à cet écho dans les tribunaux que j'entends à nouveau aujourd'hui. Cet écho qui répétait à plusieurs voix une certitude avec laquelle nous avons appris à conjurer la honte et la peur.
 
« La faute n'a jamais été la nôtre, ni l'endroit où nous étions, ni la façon dont nous étions habillés. »

Je souris. Le processus constitutionnel, c'est aussi toutes ces, nos, histoires. 



* Javiera Manzi A. Sociologue, archiviste à l'Université du Chili. Cherche les intersections entre le graphisme, la politique et les mouvements sociaux ; co-auteur du livre « Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989 » [Résistance graphique. Dictature au Chili 1973- 1989]. Militante de la Coordinadora Feminista 8M [Comité de coordination féministe du 8 mars], elle a été conseillère d'Alondra Carrillo lors de la Convention constitutionnelle. Elle a écrit des livres, des articles et des chroniques sur la politique féministe et la révolte sociale au Chili.


[1] Traduit de l’espagnol par Andrea Balart.




[esp] Javiera Manzi - El proceso constituyente es también todas estas, nuestras, historias

Me vine en bicicleta desde el ex Congreso Nacional luego de una extensa jornada en la Convención Constitucional donde se votaron los primeros artículos de Sistemas de Justicia. De pronto me invadió algo así como temblor en todo el cuerpo y luego ese llanto como de un dique que se desborda. 

Pensé en ese día en el Centro de Justicia cuando llegaron compañeras de la Coordinadora Feminista 8M, de la Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres, mis vecinas de la asamblea territorial, mis amigas y amigos, mis abogadas, mi mamá con sus amigas de toda la vida, mi familia y las familias de las tres acusadas. Pensé en cada persona que estuvo presente ese día, pero sobre todo en los anteriores y en cómo se los agradezco en lo más profundo. 

Nos recuerdo haciendo la performance de LasTesis esa mañana, "el patriarcado es un juez" gritamos tan fuerte ahí mismo frente a los jueces, frente a ese edificio gigante de vidrio y hormigón.

A tres días de la Huelga General Feminista, el 11 de marzo de 2020 tuvimos la audiencia final de un juicio de mierda por la querella que enfrentamos por supuestas injurias a una autoridad del gobierno. Las tres acusadas nos conocimos en el proceso y aprendimos a acompañarnos.

Pensé en ese proceso que tomó más de un año de nuestras vidas, de nuestros desvelos, de nuestra impotencia por vernos envueltas en un juicio que era sobre toda esa "violencia que no ven". Mientras pedaleaba pensé en cada audiencia y sus preparaciones, recordé ese almuerzo donde nos contamos esas historias que nos llevaban a encontrarnos y que habíamos vivido cada una hace más de 10 años. Experiencias que reflotaron con esa presencia espectral que habita en tantos de nuestros silencios. Recordé como memoricé mi testimonio para esa audiencia a la que después de todo no llegaron, se excusaron y no pudimos tampoco ganarles como habíamos esperado por meses.

Pensé en todos esos momentos de una historia más entre tantas otras, pensé en cómo volveré sobre ella en el futuro cuando resulte cada vez más impensable que otras lleguen a vivirla.

Hoy, Chile pasó a ser el primer país en el mundo en consagrar la perspectiva de género y la conformación paritaria como un principio del ejercicio de la justicia en el proyecto de Nueva Constitución de la República. Y esto, que es un triunfo profundo y colectivo del movimiento feminista, es también y en lo más íntimo, todas y cada una de estas pequeñas batallas. 

Pensé en ese día donde me sentí tan profundamente vulnerable y acompañada, y justo al llegar a mi casa esta noche, volví a sentir ese alivio de cuando supe que se había acabado. 

Pensé en ese eco en los tribunales que hoy vuelvo a escuchar. Ese eco que repetía a muchas voces una certeza con la que aprendimos a conjurar la vergüenza y el temor.
 
"La culpa nunca fue nuestra, ni donde estábamos, ni como vestíamos."

Sonrío. El proceso constituyente es también todas estas, nuestras, historias.



* Javiera Manzi A. Socióloga, archivera de la Universidad de Chile. Investiga los cruces entre gráfica, política y movimientos sociales; coautora del libro "Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989". Militante de la Coordinadora Feminista 8M, fue asesora de Alondra Carrillo en la Convención Constitucional. Ha escrito libros, artículos y columnas sobre política feminista y la revuelta social en Chile.




[fr] Lou Cadilhac - Emprise

Ce qu’on n’a jamais pu faire flotter 
Vaguement, jusqu’aux rivages autres
Les mots qui ne sortiront pas 
N’iront nulle part
Emprise 
Emprise tu n’as pas de forme
Ils ne voient rien de ton être 
Emprise ils te dénoncent, 
Mais ils ne connaissent rien des vaisseaux qui te transfusent
Ils te dénoncent 
Mais ils ne comprennent pas l’épaisseur de tes racines 

Et je ne peux aller plus loin dans ma gorge. 
…………………………………………………………………………………………………………………………

Il y a un blocage qui s’est inscrit dans ma pensée depuis un moment, une incertitude dont je n’arrivais pas à me défaire ; comme quelque chose, sur les rivages de mon esprit, que je voyais de loin, et, plissés les yeux : il y avait, cela, un regard flou dans ma tête quand je pensais à : ces choses. 

Ces choses, tous ces mots pleins de langage déjà structuré, tous ces mots pleins de bon sens, pleins d’expertise psychologique, mais dont l’essentiel me manquait : leur mise en relation, dans ma représentation, avec ces brumeux blocages bâtis avec acharnement et silence, que j’avais ressenti : dans mes muqueuses et, au fond de ma gorge. 
J’ai entendu : emprise, j’ai lu : manipulation, j’ai vu : violence. 

Mais jamais dans ces mots, je n’ai pu retrouver le vertige qui existe dans ces brumes-là ondoyantes, lourdes et verdâtres, la sueur de mon ventre et l’acidité qui remonte doucement dans mon thorax ; jamais, quand j’ai partagé ces mots – quand j’ai discuté de l’ « emprise », je n’ai pu donner, à ces autres, l’idée de la noirceur tourbillonnante qui s’était installée en moi quand, après que : son visage à lui est venu, quand il est apparu et qu’il m’a dit « je ne veux pas que tu lui parles » et « je vais vérifier ton téléphone », et que j’ai vu se déliter doucement mais fermement cette idée que j’avais de cet homme, cette certitude que j’avais de ma peau avec cet homme et ce combat acharné entre la nécessité de survivre en partant, et le besoin de survivre en restant, parce que partir c’était comme : couper sous moi tout ce qui était là depuis un an, c’était me dire : tu as des yeux remplis de brume et tu as fait : un mauvais choix ; c’était accepter : mon discernement psychologique, il n’y a rien que j’ai en moi de discernement, et puis les autres, moi avec les autres, me voir comme ça toute rayée, toute barbouillée de sa toxicité – de notre toxicité je savais qu’ils allaient me regarder comme ça doucement avec un peu de compassion mais beaucoup surtout de : pas qui s’en va par derrière, marche avec les yeux en face des miens mais les talons s’éloignent juste ce qu’il faut pour que je me rende compte que ce qu’il reste encore c’est : silence, et acidité et brume dans mon ventre et mon thorax. 

Tout ce qui construit ma vie depuis des mois, ce n’est : rien. Parce que je suis dessous, bien à plat-ventre en deçà de son emprise, parce que quand ces frémissements arrivent par le nord je ressens une angoisse-là de déclencher une explosion : viscérale. 

Je n’ai jamais pu confier, même quand je discutais d’emprise émotionnelle avec mes amies, cette peur immense, de révéler aux autres à quel point j’avais pu m’enfoncer dans une situation désespérée, j’ai eu tellement peur, tellement peur et sur mon front : victime, et puis, fragile, et puis : trop gentille. 
Et moi je regarde dans mes cavités : il y a, il y a une déformation des mots à l’origine du langage.

Et il y a deux choses qui se jouent en moi. Il y a cette expérience passée, de savoir que mes paniques étaient indicibles, que personnes ne pouvaient me sauver de cette déchirure hebdomadaire de ma peau qui avait eu lieu dans des immensités archaïques et ineffables. Ce blocage-là m’appartient : il est une difficulté qui m’est propre, que je dois travailler, que je dois déconstruire ; il a une archéologie, que je devine souvent de façon floue, mais qui existe quelque part, et qui fait remonter des flux tenaces dans la surface de mon être. 


Et puis, et puis il y a : nous tous, et notre incompétence émotionnelle, et notre indisponibilité – il faut d’abord s’occuper de soi-même, et la voisine d’Anouk, on ne s’en serait jamais douté, il avait l’air si normal, mais alors pourquoi vous auriez pu vous en douter si à chaque vulnérabilité dévoilée vous reculez : on ne veut pas savoir- désolée je n’ai pas le temps ; et je veux : leur dire, je vais mal, mais je vois qu’ils vont dire : désolée et puis « le sourire », mais ensuite, un pas de recul, lent et parcimonieux, mais il a reculé et je sais que cet éloignement est là parce que je suis triste et que mes problèmes ne sont pas de ceux dont on peut parler tous les jours alors la voisine elle a perdu pied et puis pourquoi elle n’a rien raconté mais le lendemain peut-être une petite fille avec l’entre-jambe qui la démange mais il ne faut pas se mêler des affaires des autres et voilà comment on massacre les femmes tous les jours c’est les sourires légers qui les assassinent c’est la certitude perspicace et ignoble d’être la seule chose de pesante et de glauque autour d’elle alors moi la boue je l’ai bien bouffé par toutes les extrémités pour qu’elle reste en moi et puis 

Et puis 

Et puis je déteste, parfois : que les gens ne veulent rien voir.



* Lou Cadilhac 
J’ai toujours trouvé dans la littérature l’espace de ma plus intime intériorité. Je suis passionnée par la compréhension de mon existence et du monde, fascinée par l’altérité qui est soi et par l’étranger qui nous appartient. 
 



[eng] Amanda Ahumada – Funny girl

I wish I could cut myself into little pieces
And put me in a box
Would you like me better?
It would be all pretty and petite
You could keep me on your dresser drawer, and take me out for fancy parties
I am using up too much space
Catch my screams in a perfume bottle
Me suffocating smells sexy, don’t you think?
I always wished to be pretty in pink
I am using up too much space
My thighs spread out on the chairs
Can you carve me into a carcass?
Can you carve my pumpkin smile?
A smile, a smirk
I shouldn't be happy
I don’t deserve it
Please let me be smaller

Please cut me into little pieces and let me hide away
Please sew my lips, tie down my wicked tongue
I am much too loud and I can't stand the noise 
Silence 
It's all too loud
Make it pretty
Make it pink
I wish I could cut myself into little pieces
And put me in a box
Would you like me better?
Squash my sass
How unbecoming is sarcasm on the pink lips of a lady
How dare I claim the freedom in funniness
How dare I laugh...
At you
The loudest sound is a woman’s laughter, it makes you have to listen
But you don't want to hear, do you?

Oh no, I have done it again
I overstepped, just put me back in my box
All pretty and pink
You will like me better
In little pieces I am easier to swallow
I wouldn't want
you 
to 
choke



* Amanda Ahumada
I was born in Calgary, Alberta, Canada February 1979 to two Chileans. At 13 years of age, I started a new chapter of my life when my parents returned to Chile.
I have a beautiful daughter who fills my soul with joy.
Stand-Up Comedy The Chistolas:
Storytelling in Santiago:




[fr] Flora Souchier - Ciseaux d’arrêt

Je sens avec ma main la maille de son désir 
Les rets de ses attentes
J’avance dans ce réseau 
Inextricable ring 
Réduite à résonner 
Niée

Toute la journée j’écoute les autres
Quoi que j’aie l’air de faire on me tasse sa parole 
Sans me sonder on me sature
Je suis toute oui ?

La nuit se déroule j’aspire à dormir 
Il ne sait pas ce que c’est, lui
Être une jarre 
Et être pleine
Il ne dort pas Il parle Il crie 
Et moi muette
À cran
Empêtrée dans ses arguments
Je cours de maille en maille cherchant l’air 
le recul
le jeu 
Rien
Cherchant à vivre

La nuit le jour 
L’absence d’espace
Quoi que je dise quoi que j’aie l’air 
Il faut encore qu’il ait sa part
J’ai dit J’ai mal

Je suis le territoire des autres 
Jusqu’à prouesse de barricades 
C’est ça le premier tour de cartes

Eh bien non 
Assise en rond 
Je forge en secret
Mes ciseaux d’arrêt 
Je rêve
Je reprends mon temps 
Mon vagin
Ma vie
Et puis je m’en vais



* Flora Souchier. Elle est comédienne et autrice. Le chant polyphonique, l’énergétique et la pédagogie sont ses autres chantiers d’exploration. Son premier recueil, Sortie de route, lauréat du Prix de la Vocation Poétique, est paru chez Cheyne en 2019. Adapté avec les fondatrices de la Compagnie Opoponax, il existe désormais en version sonore. On peut l’écouter ici : sortie-de-route.lepodcast.fr Et sur toutes les plateformes et applications de podcasts.




[esp] Caroline Cruz (Afrobolada) - Donde nacen las mariposas

Negación

Mi menstruación llegó por primera vez a mis 13 años. Ya sabía de qué se trataba, y cuando vi mi ropa íntima manchada con sangre, exclamé un “¡oh no!” mientras algunas lágrimas salían de mis ojos. Con el calzón a la altura de las rodillas, busqué a mi madre.

- ¡Mira, mamá! – Ella bajó la mirada y subió la sonrisa; primero sonrió con los ojos, después mostró los dientes. - ¡Te convertiste en mujer, Carol!”

Al menos alguien estaba feliz…

El día siguiente a mi menarca fue melancólico. Tan frío y nublado que hasta parecía que la noche había sido parida de forma prematura, a las dos de la tarde. De alguna forma sabía que mi estado de ánimo tenía que ver con la sangre que salía por mi vagina. No pude procesarlo rápidamente y, para ser honesta, aún estoy procesando todo…
Parecía no haber estudiado lo suficiente para saber qué tenía que hacer desde entonces.
Trece años.

Después de poco tiempo, el cuerpo metamorfoseó y, lo que empezó como una transformación gradual y suave, luego se convirtió en un tsunami que llegaba desde el horizonte y no podía ser detenido. Entonces me rendí; cedí espacio al cuerpo que exigía cambios.

Ira

Tampoco bastó mucho tiempo para que hombres mucho mayores que yo empezaran a mirarme de una manera que dialogaba con un lugar de miedo primitivo e instintivo. No solo por la forma, sino también porque les gustaba exhibir aquellos ojos. No era sutil. Un día, un amigo de la familia, que tenía la edad para ser mi padre, comentó que “ya era hora de empezar a jugar…” con una sonrisa maliciosa estampada en su rostro. En aquel momento entendí la urgencia que todos parecían tener al preguntar si yo ya había menstruado o no. La sangre era la prueba de que yo ya no era una niña y ahora ellos tenían pase libre para intimidar mi cuerpo como bien quisieran. Cómodos. Ellos depredadores, yo caza; comencé a evitarles.

Una red de apoyo se abrió para mí en el liceo. No sé si existía previamente, pero era, a lo menos, imperceptible para las que aún no habían menstruado. Era como un club secreto donde solo entraba quien tenía la contraseña: “amiga, puedes ver si estoy manchada?” Los comentarios eran siempre cargados de vergüenza, como si no fuera una temática que mereciera naturalidad. Las toallas higiénicas eran traficadas como paquetes de cocaína.
En un día asoleado, y me acuerdo porque no había una sola alma con un abrigo en la escuela, menstrué. El chorro de sangre fue expelido después de estornudar y pasaron apenas segundos para que sintiera mi calzón mojado en contacto con mi piel. Esta misma sensación pasó y va a pasar muchas veces durante mi vida, pero como cualquier primera vez, entré en pánico.

Mi intento por esconder la mancha fue en vano y, aquella tarde, todos los compañeros me gritaban palabras de odio por dejar la sangre a la vista. Las chicas armaron algún tipo de defensa, pero la hostilidad era tanta que todas nos silenciamos después de un rato.

Mi enojo por todo este asunto fue ganando proporciones significativas. Recién había empezado y ya quería la menopausia. Tanto odio en mi pecho me hizo pensar en todas las posibilidades de acabar con el asunto. No quería menstruar más y estaba dispuesta a hacer cualquier cosa para conseguir mi objetivo. Hice lo que cualquier adolescente haría…

Llegué a mi casa en un estado de trance absoluto, encontré un cuchillo puntiagudo y afilado y me metí en el baño. Lloraba mucho. Delante del espejo, pequeño y redondo, corté las puntas de mis dedos y repetí, “ven, llévate mi sangre y te doy mi alma a cambio”, siete veces. Era un ritual de invocación. La gota de sangre corría por mi dedo índice y tan pronto hizo contacto con la superficie del lavamanos, entendí que la invocación había finalizado. Me veía en el espejo, pero sabía que estaba delante de él, aunque viera mi propia imagen en el reflejo.

Mi voz hizo eco en el espacio: ¿Estás segura de que quieres esto? Le señalé que sí y escuché un “está bien”, seguido de una risa burlona que no me hizo sentir miedo, ya que salía de mi propia boca.

Dejé de menstruar. El pacto con Lucifer había funcionado y yo estaba condenada a residir eternamente en el infierno, pero disfrutaría de toda una vida sin menstruar.
El primer mes fue de puro alivio, pues no tenía ninguna fe de que el pacto hubiera surtido efecto. Me sentía tan libre que vivía, irónicamente, como si estuviera en un comercial de toallas higiénicas.

El segundo mes fue más complejo, empecé a digerir la idea de pasar toda la eternidad quemándome en el fuego del infierno y, obviamente, el miedo de morir me poseyó. No podía darme el lujo de fallecer. El cuerpo comenzó a reaccionar al pacto y mi cara se convirtió en un campo minado de espinillas, los pechos muy hinchados y la sospecha de que estaba embarazada surgió cuando dejé de pedir toallas a mi madre.
Mamita lidiaría bien con una hija vendida al Demonio, pero con un embarazo en la adolescencia, ¡no!
Al final del tercer mes, ya no dormía. Escuchaba la risa burlona siempre que intentaba descansar. El Capeta estaba disfrutando con mi sufrimiento.

Negociación

Exhausta, en el mismo espejo en que la vendí, fui a reivindicar mi alma de vuelta. Oré y pedí para que alguien, un adulto, preferentemente, interviniera a mi favor. Aquella noche soñé que caminaba por un valle oscuro, con barro y muy nebuloso. Perdida, anduve por horas con un cuchillo enterrado en mi cuerpo a la altura del útero. No dolía, pero no lograba quitarlo.
Entonces, me encontré con un lago y el agua era roja como sangre. Allí me incliné y vi a alguien en mi propio reflejo: Jesucristo.
“¿Por qué?” me preguntó. 
“No aguanto más...” contesté. “¿Será siempre así?”

Él se rio y dijo que yo aún no había descubierto el misterio pero que, en algún momento, este se revelaría. Sacó el cuchillo de mi estómago y susurró “Vete y no peques…”

Depresión

Desperté menstruadísima; sangre por todos lados, como si aquel lago rojo hubiera sido transportado a las sábanas blancas de mi cama.
Nunca hice las paces con el asunto; la menstruación me quitó espacio, apretó y sofocó. Significó perder demasiado y a la vez me deprimí.

Aceptación

Conversando con una amiga, le pregunté: ¿hay algo positivo en menstruar? Ella pensó bastante rato y luego dijo un seco y muy chistoso “nada”. Completó su raciocinio y, sin percibir, dio un lindo discurso sobre la aceptación.

“Sabes... estoy cansada de luchar contra la menstruación. Entonces, estoy aprendiendo a amarme con ella, a gustarme con la menstruación porque será parte de mí durante mucho tiempo… ¡es así! Ya conozco las herramientas que necesito para lidiar con ella y lo hago desde un lugar más empático conmigo misma. No voy a echarme la sangre en la cara, hacer máscaras… o ponerla en las plantas, no… pero he aprendido a gustarme, aunque esté menstruada… Ya basta de todo el odio direccionado a mi cuerpo que proviene desde afuera, de la historia… Estoy cansada de odiarme; entonces... acepto. Yo me acepto.”

La manera en la que dijo todo eso fue como si revelara un gran misterio.



* Caroline Cruz (Afrobolada) es una escritora brasileña residente en Chile. Escribe crónicas autobiográficas que reflejan su lugar social en el mundo y temáticas como el feminismo y el racismo estructural están constantemente en sus escritos desde una perspectiva muy íntima. Puedes conocer más de su trabajo en su perfil @afrobolada




[eng] Camila Vaccaro - The Witch

In the nights of moon and alcohol
I become the only thing I am
A witch with claws that scare
With iguana plumage and legs
I run free down the alley
In the dark I feel better.

With my anteater tongue
I suck insects through the holes
And since I now have eight legs
I climb the walls like a spider
I've never felt so good before
With my steed-shaped tail. 

My little mouth full of cockroaches
Makes anyone who passes by fall in love 
The tentacles in my hair
Hypnotizes cats and mice 
That I eat quietly afterwards 
With pepper, rosemary and merken.

If one of those nights you see me 
Who knows what may happen
I'll devour you to the core, 
Then I’ll jump from your window
And lose myself in the huge city, 
In the woods or above the sea
I assure you, you won't find me.

With the first rays of the sun
The invocation is undone 
And I find myself naked and at home
I smile and go to bed.


[1] You can listen to the song and watch the illustrated video here: link.
The witch
Lyrics and Music: Camila Vaccaro
Animation: Carla Vaccaro


* Camila Vaccaro. Chilean musician -creator and performer- with a repertoire rooted in the popular music and folklore of the South American cone. In 2019 she releases her first solo album "La Bruja" [The Witch], where myths and fantastic characters make up a musical bestiary to the sound of Latin American rhythms and powerful processed sounds. Today she delves into the power of the intimate in a solo format, where raw poetry, strings, accordion and voice, are conjured in the urgent song of these days.


[1] Translated from the Spanish by Andrea Balart.



© Camila Vaccaro. 
Illustration Carla Vaccaro. ig @carlavaccaro_ilustradora



[fr] Camila Vaccaro - La sorcière

Dans les nuits de lune et d'alcool
Je deviens la seule chose que je suis
Une sorcière avec des griffes qui font peur
Avec un plumage et des jambes d'iguane
Je cours librement dans la ruelle
Dans le noir, je me sens mieux.

Avec ma langue de fourmilier
Je suce les insectes par les trous
Et comme j'ai maintenant huit pattes
Je grimpe sur les murs comme une araignée
Je ne me suis jamais senti aussi bien
Avec ma queue en forme de cheval.

Ma petite bouche pleine de cafards
Fait tomber amoureux n'importe qui qui passe
Les tentacules dans mes cheveux
Hypnotise les chats et les souris
Que je mange tranquillement après
Avec poivre, romarin et merken.

Si une de ces nuits tu me vois 
Qui sait ce qui peut arriver
Je te dévorerai jusqu'à la moelle, 
Puis je sauterai de ta fenêtre
Et je me perdrai dans la grande ville, 
Dans les bois ou au-dessus de la mer
Je t'assure que tu ne me trouveras pas.

Avec les premiers rayons du soleil
L'invocation est défaite 
Et je me retrouve nue et chez moi
Je souris et je vais me coucher.


[1] Vous pouvez écouter la chanson et regarder la vidéo illustrée ici : lien.
La sorcière
Paroles et musique : Camila Vaccaro
Animation : Carla Vaccaro


* Camila Vaccaro. Musicienne chilienne -créatrice et interprète- au répertoire ancré dans la musique populaire et le folklore du cône sud-américain. En 2019, elle sort son premier album solo "La Bruja" [La Sorcière], où mythes et personnages fantastiques composent un bestiaire musical au son de rythmes latino-américains et de puissants sons traités. Aujourd'hui, elle plonge dans la puissance de l'intime dans un format solo, où la poésie brute, les cordes, l'accordéon et la voix, sont conjurés dans le chant urgent de ces jours.


[1] Traduit de l’espagnol par Andrea Balart.


© Camila Vaccaro. 
Illustration Carla Vaccaro. ig @carlavaccaro_ilustradora



[esp] Camila Vaccaro – La bruja

En las noches de luna y alcohol 
Me transformo en lo único que soy 
Una bruja con garras que espantan 
Con plumaje y patas de iguana 
Corro libre por el callejón 
En lo oscuro me siento mejor. 

Con mi lengua de oso hormiguero 
Chupo insectos por los agujeros 
Y como ahora tengo ocho patas 
Las murallas trepo como araña 
Nunca antes me he sentido tan bien 
Con mi cola forma de corcel. 

Mi boquita llena de baratas
Enamora a cualquiera que pasa 
Los tentáculos que hay en mi pelo
Hipnotiza a gatos y lauchas 
Que me como tranquila después 
Con pimienta, romero y merkén. 

Si una noche de aquellas me ves 
Quien sabe que pueda suceder
Te devore hasta las entrañas, 
Después salte desde tu ventana
Y me pierda en la enorme ciudad, 
En los bosques o arriba del mar
Te aseguro no me encontrarás. 

Con los primeros rayos de sol
Se deshace la invocación 
Y me encuentro desnuda y en casa
Me sonrío y me voy a la cama.


[1] Puedes escuchar la canción y ver el video ilustrado aquí: link.
La bruja
Letra y Música: Camila Vaccaro
Animación: Carla Vaccaro



* Camila Vaccaro. Música chilena -creadora e intérprete- con un repertorio enraizado en la música popular y el folclor del cono sur americano. El 2019 lanza su primer disco solista “La Bruja”, donde mitos y personajes fantásticos conforman un bestiario musical al son de ritmos latinoamericanos y potentes sonidos procesados. Hoy ahonda en la potencia de lo íntimo en un formato en solitario, donde poesía cruda, cuerdas, acordeón y voz, se conjuran en la canción urgente de estos días.




© Camila Vaccaro. 
Ilustración Carla Vaccaro. ig @carlavaccaro_ilustradora



[eng] Andrea Balart - The art of small victories

To great aggressions, small victories. Feminism often takes the form of parties that come to an end. Everything ends, sooner or later. The human condition is bounded by birth and death, as Hannah Arendt noted. It is also bounded by the ground on which we stand and the sky that stretches above us. Truth, what we cannot change, says Arendt. It also bounds us. The truth is tenacious, it is stubborn, it makes its way in an arid and rocky land until it comes to the surface, like the sprouting of an obstinate seed. Death snatches the momentum from us, even so the truth is still there. 

Feminism is the revolution of truth. Of the tenacious truth. The one that emerges from underwater to take a breath and end the party. The patriarchy has had to settle in silence and lies to survive. It is an absurd organization. Its antidote is love and sisterhood. Feminism is also the art of sisterhood. Like all art, it takes work. It is a refined art, elegant and simple at the same time, with such a capacity, that it has managed to break the infamous protection nets of sinister party hosts. 

The party is over for Nicolás Espejo Yaksic, denounced in UNICEF New York and in the Fundación para la Confianza [Foundation for Trust], so far, and removed from a UN Women event last March for being an abuser. It is over for Patrick Poivre d'Arvor, PPDA, so far denounced by twenty-seven women for sexual violence and rape, seventeen of them in court. It is over for Nicolás López, denounced by at least twenty women for sexual harassment, abuse and rape, and sentenced to a prison term of five years and one day for repeated sexual abuse. And so many, many others who, if narcissism did not grossly blind their sight, perhaps deep down they saw it coming. The end of parties is great.

There are still more joys. The Court of Cassation, the highest court of the French judiciary, has just said that we have the right to speak. The Court rejected in May the appeals of Pierre Joxe and Eric Brion, definitively dismissing the lawsuits they had filed for defamation against Alexandra Besson and Sandra Muller, who accused them of sexual violence and sexual harassment. In these two emblematic #metoo cases, the Court found that the two complainants' comments rested "on a sufficient factual basis" to recognize them "the benefit of good faith," and that they did contribute to "a debate of general interest on the denunciation of non-consensual sexual behavior by certain men towards women." Two remarkable decisions that give a very strong signal to the courts that will have to decide on these types of cases, to keep on ending parties.

It is not only the truth that is tenacious. So is the attempt to hold on to shit. For staying invited to the rubble of the party. For "separating the man from the artist". For God's sake, not because Bertrand Cantat thinks of singing songs that talk about love is going to change what he is: a murderer, who hit Marie Trintignant twenty times in the head, to let her then agonize to death until dawn in bed. Who drove Krisztina Rády to suicide because of his violent behavior. There is no separation possible. Only a guild of cynics can defend such a thing. Only those who fear the closing of the curtains because they know that the end of the party will expose much more shit than what can be seen when the lights of the end of the show have not yet been turned on. 

Sisterhood is an inescapable responsibility. Unfortunately, there are also women who hold on to shit. It is a behavior that strikes me. Just like narcissists not completely blinded, deep down they know that the truth is tenacious and that when it comes to the surface you have to look at it more closely because behind it there are years of pain. Of time. Conversations. Money on psychologists, psychiatrists. Suicides. Effort. Fear. Courage. Deep down they know it's all true. They just belong to the guild of cynics. The dividends of belonging are more diffuse in this case than being part of the oppressors' guests. Why the hell would a woman defend the shit that is also coming her way? As Simone de Beauvoir so well observed, the oppressor would not be so strong if he did not have accomplices among the oppressed themselves. 

Before death kills us, let us fill ourselves with small victories that will clear the way to build a different world. As Aldo Bucchi said, right now there is a tiny, elf looking, disgrace of a man who is hearing news about broken families, shattered dreams, and endless suffering and he thinks: yes, give me more of that, look at me, I'm so powerful! We need to stop picking the worst of us to lead the rest of us! And as Jorge Drexler said, and in the end, I always grope, without a compass in the storm, but after the discouragement, every story, if it is to be painted, is painted, time and ink, time and ink, time and ink, time and ink. Let us write those stories of wounded ink and time, and end the parties that hurt us. Feminism is the art of small victories. Justice, pure politics and love.


* Andrea Balart is a writer and human rights lawyer. Feminist activist, co-founder, co-director and editor of Simone // Revista / Revue / Journal, and translator (fr-eng-esp). French-Chilean, she was born in Santiago de Chile and lives in Lyon, France.


© Andrea Balart.



[fr] Andrea Balart - L'art des petites victoires

Aux grandes agressions, les petites victoires. Le féminisme prend souvent la forme de fêtes qui se terminent. Tout a une fin, tôt ou tard. La condition humaine est limitée par la naissance et la mort, comme le notait Hannah Arendt. Elle est aussi limitée par le sol sur lequel nous nous tenons et le ciel qui s'étend au-dessus de nous. La vérité, ce que nous ne pouvons pas changer, dit Arendt. Elle nous limite aussi. La vérité est tenace, elle est têtue, elle fait son chemin dans une terre aride et rocailleuse jusqu'à ce qu'elle remonte à la surface, comme la germination d'une graine obstinée. La mort nous arrache l'élan, mais la vérité est toujours là. 

Le féminisme est la révolution de la vérité. De la vérité tenace. Celle qui émerge de l'eau pour respirer et mettre fin à la fête. Le patriarcat a dû s'installer dans le silence et le mensonge pour survivre. C'est une organisation absurde. Son antidote est l'amour et la sororité. Le féminisme est aussi l'art de la sororité. Comme tout art, il demande du travail. C'est un art raffiné, élégant et simple à la fois, avec une telle capacité, qu'il a réussi à briser les infâmes filets de protection des sinistres organisateurs de fêtes. 

La fête est finie pour Nicolás Espejo Yaksic, dénoncé à l'UNICEF New York et à la Fundación para la Confianza [Fondation pour la confiance], jusqu'à présent, et exclu d'un événement d'ONU Femmes en mars dernier en tant qu'agresseur. C'est fini pour Patrick Poivre d'Arvor, PPDA, dénoncé à ce jour par vingt-sept femmes pour violences sexuelles et viols, dont dix-sept devant la justice. C'est fini pour Nicolás López, dénoncé par au moins vingt femmes pour harcèlement sexuel, abus et viol, et condamné à une peine de prison de cinq ans et un jour pour abus sexuels répétés. Et tant et tant d'autres qui, si le narcissisme n'a pas grossièrement aveuglé leur vue, peut-être au fond l'ont-ils vu venir. La fin des fêtes, c'est magnifique.

Il y a encore d'autres joies. La Cour de Cassation, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, vient de dire que nous avons le droit de parler. La Cour a rejeté en mai les pourvois de Pierre Joxe et Eric Brion, rejetant définitivement les poursuites qu'ils avaient engagées pour diffamation contre Alexandra Besson et Sandra Muller, qui les accusent de violences sexuelles et de harcèlement sexuel. Dans ces deux affaires emblématiques de #metoo, la Cour a estimé que les propos des deux accusatrices reposaient « sur une base factuelle suffisante » pour leur reconnaître « le bénéfice de la bonne foi », et qu'ils contribuaient bien à « un débat d’intérêt général sur la dénonciation de comportements à connotation sexuelle non consentis de certains hommes vis-à-vis des femmes ». Deux décisions remarquables qui donnent un signal très fort aux tribunaux qui auront à se prononcer sur ce type d'affaires, pour continuer à mettre fin aux fêtes.

Ce n'est pas seulement la vérité qui est tenace. Tout comme l'est la tentative de s'accrocher à la merde. Pour rester invité dans les décombres de la fête. Pour « séparer l'homme de l'artiste ». Pour l'amour de dieu, ce n'est pas parce que Bertrand Cantat pense chanter des chansons qui parlent d'amour qu'il va changer ce qu'il est : un meurtrier, qui a frappé une vingtaine de coups à Marie Trintignant dans la tête, pour la laisser ensuite agoniser jusqu'à l'aube dans son lit. Qui a poussé Krisztina Rády au suicide à cause de son comportement violent. Il n'y a pas de séparation possible. Seule une guilde de cyniques peut défendre une telle chose. Seulement ceux qui craignent la fermeture des rideaux parce qu'ils savent que la fin de la fête exposera beaucoup plus de merde que ce que l'on peut voir quand les lumières de la fin du spectacle n'ont pas encore été allumées. 

La sororité est une responsabilité inéluctable. Malheureusement, il y a aussi des femmes qui s'accrochent à la merde. C'est un comportement qui me frappe. Tout comme les narcissiques pas complètement aveugles, au fond d'elles, elles savent que la vérité est tenace et que lorsqu'elle remonte à la surface, il faut la regarder de plus près car derrière, il y a des années de souffrance. De temps. De conversations. De l'argent pour des psychologues, des psychiatres. Des suicides. Des efforts. Peur. Courage. Au fond d'eux-mêmes, ils savent que tout cela est vrai. Ils appartiennent simplement à la guilde des cyniques. Les dividendes de l'appartenance sont plus diffus dans ce cas que de faire partie des invités oppresseurs. Pourquoi donc une femme défendrait-elle la merde qui lui tombe dessus ? Comme l'a si bien observé Simone de Beauvoir, l'oppresseur ne serait pas si fort s'il n'avait des complices parmi les opprimés eux-mêmes. 

Avant que la mort ne nous tue, remplissons-nous de petites victoires qui ouvriront la voie à la construction d'un monde différent. Comme l'a dit Aldo Bucchi, il y a en ce moment un homme minuscule, à l'allure d'elfe, qui entend les nouvelles sur les familles brisées, les rêves anéantis et les souffrances sans fin et il se dit : oui, donnez-moi encore de ça, regardez-moi, je suis si puissant ! Nous devons arrêter de choisir les pires d'entre nous pour diriger les autres ! Et comme l'a dit Jorge Drexler, et à la fin, je tâtonne toujours, sans boussole dans la tempête, mais après le découragement, chaque histoire, si elle doit être peinte, est peinte, du temps et de l'encre, du temps et de l'encre, du temps et de l'encre. Écrivons ces histoires d'encre blessée et du temps, et mettons fin aux fêtes qui nous font du mal. Le féminisme est l'art des petites victoires. Justice, politique pure et amour.


* Andrea Balart est écrivaine et avocate spécialisée dans les droits humains. Militante féministe, cofondatrice, codirectrice et éditrice de Simone // Revista / Revue / Journal, et traductrice (fr-eng-esp). Franco-chilienne, elle est née à Santiago du Chili et vit à Lyon, France.



© Andrea Balart.



[esp] Andrea Balart - El arte de los pequeños triunfos

A grandes agresiones, pequeños triunfos. El feminismo toma la forma muchas veces de fiestas que se van acabando. Todo termina, tarde o temprano. La condición humana está limitada por el nacimiento y la muerte, como notaba Hannah Arendt. También por el espacio en el que estamos y el cielo que se extiende sobre nuestras cabezas. La verdad, lo que no logramos cambiar, dice Arendt. También nos limita. La verdad es tenaz, es porfiada, se abre camino en un terreno árido y rocoso hasta salir a la superficie, como el brote de una semilla obstinada. La muerte nos arrebata el impulso, incluso así la verdad sigue estando ahí. 

El feminismo es la revolución de la verdad. De la verdad tenaz. La que surge de bajo el agua para tomar aire y terminar la fiesta. El patriarcado ha tenido que asentarse en el silencio y la mentira para sobrevivir. Es una organización absurda. Su antídoto es el amor y la sororidad. El feminismo es también el arte de la sororidad. Como todo arte, cuesta trabajo. Es un arte refinado, elegante y simple al mismo tiempo, con tal capacidad, que ha logrado romper las redes infames de protección de los anfitriones siniestros de fiestas. 

Se le acabó la fiesta a Nicolás Espejo Yaksic, denunciado en UNICEF Nueva York y en la Fundación para la Confianza, hasta el momento, y eliminado de un panel de ONU Mujeres en marzo pasado por abusador. Se le acabó a Patrick Poivre d'Arvor, PPDA, denunciado hasta el momento por veintisiete mujeres por violencia sexual y violación, diecisiete de ellas en tribunales. Se le acabó a Nicolás López, denunciado por al menos veinte mujeres por acoso sexual, abuso y violación, y condenado a la pena de cárcel de cinco años y un día por abuso sexual reiterado. Y a tantos, tantos otros que, si el narcisismo no les cegaba la vista groseramente, quizá en el fondo lo veían venir. Los fines de fiesta son fantásticos.

Aún hay más alegrías. La Corte de Casación, el más alto tribunal del poder judicial francés, acaba de decir que tenemos derecho a hablar. La Corte rechazó en mayo los recursos de Pierre Joxe y Éric Brion, desestimando definitivamente las querellas que habían presentado por difamación contra Alexandra Besson y Sandra Muller, quienes los acusaron de violencia sexual y acoso sexual. En estos dos casos emblemáticos de #metoo, la Corte consideró que los comentarios de las dos denunciantes descansaban “sobre una base fáctica suficiente” para reconocerles “el beneficio de la buena fe”, y que sí contribuyeron a “un debate de interés general sobre la denuncia de los comportamientos sexuales no consentidos de ciertos hombres hacia las mujeres.” Dos decisiones notables que dan una señal muy fuerte a los tribunales que tendrán que decidir sobre este tipo de casos, para ir terminando con las fiestas.

No sólo la verdad es tenaz. También el intento por aferrarse a la mierda. Por seguir invitado a los escombros de la fiesta. Por “separar el hombre del artista”. Por dios, no porque a Bertrand Cantat se le ocurra cantar canciones que hablan de amor va a cambiar lo que es: un asesino, que le pegó veinte golpes en la cabeza a Marie Trintignant, para dejarla luego agonizar a muerte hasta el amanecer en la cama. Quien impulsó al suicidio a Krisztina Rády por sus conductas violentas. No hay separación posible. Sólo un gremio de cínicos puede defender algo semejante. Sólo quien teme el cierre de las cortinas porque sabe que el fin de la fiesta va a dejar al descubierto bastante más mierda de la que se ve cuando las luces del fin del espectáculo todavía no se han encendido. 

La sororidad es una responsabilidad ineludible. Lamentablemente, también hay mujeres que se aferran a la mierda. Es una conducta que me llama la atención. Igual que los narcisistas no completamente cegados, en el fondo saben que la verdad es tenaz y que cuando llega a la superficie hay que observarla con mayor detenimiento porque detrás hay años de dolor. De tiempo. Conversaciones. Dinero en psicólogos, psiquiatras. Suicidios. Esfuerzo. Miedo. Valentía. En el fondo saben que todo es verdad. Sólo pertenecen al gremio de los cínicos. Los dividendos de pertenecer son más difusos en este caso que siendo parte de los invitados opresores. ¿Por qué diablos defiende una mujer a la mierda que también se le viene encima? Como tan bien observó Simone de Beauvoir, el opresor no sería tan fuerte si no tuviese cómplices entre los propios oprimidos. 

Antes de que la muerte acabe con nosotros, llenémonos de pequeños triunfos que vayan despejando el camino para construir un mundo distinto. Como dijo Aldo Bucchi, ahora mismo hay un hombre diminuto, con aspecto de duende, que está escuchando noticias sobre familias rotas, sueños destrozados y sufrimiento infinito y piensa: ¡sí, dame más de eso, mírame, soy tan poderoso!, ¡tenemos que dejar de elegir a los peores para que dirijan al resto! Y como dijo Jorge Drexler, y al final, siempre ando a tientas, sin brújula en la tormenta, pero tras el desaliento, cada cuento, si ha de pintarse, se pinta, tiempo y tinta, tiempo y tinta, tiempo y tinta. Escribamos esas historias de tinta herida y tiempo, y terminemos con las fiestas que nos hacen daño. El feminismo es el arte de los pequeños triunfos. Justicia, política pura y amor.


* Andrea Balart es escritora y abogada de derechos humanos. Activista feminista, cofundadora, codirectora y editora de Simone // Revista / Revue / Journal, y traductora (fr-eng-esp). Franco-chilena, nació en Santiago de Chile y vive en Lyon, Francia.



© Andrea Balart.