Cría moscas
I
Pecho para la niña y leche para las moscas
las moscas de mi madre no vuelan lejos
las moscas de mi madre viven
bajo la luz blanca y artificial del criadero
sus hijas de ojos rojos
de tanto en tanto traen consigo una mosca albina
ella sumergida en la leche se ve como dos gotitas de sangre
nadando de arriba abajo sin diluirse en lo blanco
las otras están en una danza circular alrededor del plato
por la noche mi madre da el pecho
en el día cría moscas
que nacen y mueren en una misma semana
la teta de mi madre sabe a miel y sangre
gotas de vida y muerte a partes iguales
reina del enjambre
madre de todas
zumban en su lenguaje
zumban pidiendo leche como cualquier lactante
exprimes la vida por ver volar a tus criaturas
exprimes cada gota nutrida
ámame con cada gota
amamántame sin dejarme caer
soy esa hija sin alas
soy la que lleva sangre y miel en la boca
II
Cría moscas y te sacarán los ojos
te vaciarán las cuencas
llevando en sus alas una última mirada
esa que no pudo arrancar la muerte
desafiando una vieja promesa
si la muerte no puede llevarse tus ojos,
¿Qué tomará en su lugar?
¿Se irá con ella tu sonrisa o alguna caricia?
No puede llevarse menos
no puede llevarse más que eso
la muerte ha tocado a tu puerta
y no se irá con las manos vacías
¿Qué dirás? Que fueron ellas
que corra tras ellas
la muerte no quiere la vida corta y ligera de una mosca
vino por tus ojos y halló cuencas vacías
cría moscas y te comerán los ojos
cría moscas y no tendrás nada que entregar a la muerte
cría moscas y la muerte buscará la sangre que bulle de tu pecho
cría moscas y la muerte irá por tu carne
* Patricia Martínez Lugo licenciada en Letras de la Universidad Central de Venezuela, es una poeta venezolana instalada en Madrid, España.
En el 7º Concurso Nacional de Poesía Joven Rafael Cadenas obtuvo Mención Honorífica. Y este año, su participación en el II Premio Internacional de Poesía Joven Ida Gramcko le valió una mención del jurado.
Nota : la segunda parte de este poema fue creada posteriormente, por lo que es inédita. En el concurso la autora participó solo con la primera.
[fr] Élève des mouches
I
Un sein pour la fillette et du lait pour les mouches
les mouches de ma mère ne volent pas loin
les mouches de ma mère vivent
sous la lumière blanche et artificielle de l’élevage
ses filles aux yeux rouges
apportent de temps à autre une mouche albinos
elle immergée dans le lait ressemble à deux gouttelettes de sang
nageant de haut en bas sans se diluer dans le blanc
les autres tournent en une danse circulaire autour de l’assiette
la nuit ma mère donne le sein
le jour elle élève des mouches
qui naissent et meurent dans une même semaine
le sein de ma mère a le goût du miel et du sang
des gouttes de vie et de mort à parts égales
reine de l’essaim
mère de toutes
elles bourdonnent dans leur langage
elles bourdonnent en réclamant du lait comme n’importe quel nourrisson
tu presses la vie pour voir voler tes créatures
tu presses chaque goutte nourrie
aime-moi avec chaque goutte
allaite-moi sans me laisser tomber
je suis cette fille sans ailes
je suis celle qui porte du sang et du miel dans la bouche
II
Élève des mouches et elles te crèveront les yeux
te videront les orbites
emportant sur leurs ailes un dernier regard
celui que la mort n’a pas pu arracher
défiant une vieille promesse
si la mort ne peut emporter tes yeux
Que prendra-t-elle à leur place ?
Partira-t-elle avec ton sourire ou une caresse ?
Elle ne peut pas en emporter moins
elle ne peut pas en emporter plus que cela
la mort a frappé à ta porte
et elle ne repartira pas les mains vides
Que diras-tu ? Que ce sont elles
qu’elle coure après elles
la mort ne veut pas de la vie courte et légère d’une mouche
elle est venue pour tes yeux et a trouvé des orbites vides
élève des mouches et elles te mangeront les yeux
élève des mouches et tu n’auras rien à offrir à la mort
élève des mouches et la mort cherchera le sang qui bouillonne dans ta poitrine
élève des mouches et la mort viendra pour ta chair
* Patricia Martínez Lugo, titulaire d'une licence en lettres de l’Université centrale du Venezuela, est une poétesse vénézuélienne installée à Madrid, en Espagne.
Lors du 7e Concours national de poésie pour la jeunesse « Rafael Cadenas », (Concurso Nacional de Poesía Joven Rafael Cadenas) elle a obtenu une mention honorable. Et cette année, sa participation au IIe Prix international de poésie pour la jeunesse « Ida Gramcko » (Premio Internacional de Poesía Joven Ida Gramcko) lui a valu une mention du jury.
Note : la deuxième partie de ce poème a été écrite par la suite ; elle est donc inédite. L'auteure n'a présenté que la première partie au concours.
[1] Traduit de l’espagnol (Venezuela) par Daymar Toussaint.
* Daymar Toussaint
(Venezuela). Poète, traductrice, collagiste et photographe amateure.
Diplômée en Langues Étrangères Appliquées de l'Université Jean Moulin
Lyon III. Titulaire d'un master recherche en Études Hispaniques
(Lettres, Langues et Civilisations Étrangères) avec un travail sur la
poésie de Yolanda Pantin. Membre du projet d’archives et de diffusion de
poétesses vénézuéliennes #PoetasVenezolanas. Finaliste du 7e Concurso
Nacional de Poesía Joven Rafael Cadenas et diplômée du Diplôme de
Réflexion et de création poétique de la Fundación La Poeteca. Elle a
participé à des revues littéraires telles que Aullido, Revue des Muses, Casapais, Letralia, Digo.palabrat.txt, Telúrica et à des espaces comme Escritores Cordillera ou Salsa picante, la revue du festival Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain (Cinéma Le Zola, Villeurbanne).
@aleale.photos / @piedrapapel.o_tijeras / @poetasvenezolanas
© Patricia Martínez Lugo

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