[fr] Camila Troncoso et Lieta Vivaldi - Les droits humains et le genre dans la nouvelle Constitution du Chili

La nouvelle constitution représente une avancée substantielle en matière de protection des droits humains, en comblant les lacunes et les absences du texte constitutionnel actuel. Il est également essentiel de tenir compte du fait que le droit international des droits humains a reconnu et protégé des droits essentiels pour les enfants et les adolescents, les femmes et les personnes issues de la diversité et de la dissidence sexuelles. Un pays comme le Chili, qui a été confronté à des violations des droits humains, et dans lequel il y a eu une discrimination permanente contre les groupes historiquement exclus, doit se baser sur un pacte social qui ne génère pas de doutes quant à l'engagement de respecter, protéger et garantir les droits humains, et qui établit des mandats généraux et spéciaux aux différentes agences de l'État. 

La proposition reconnaît les droits humains comme le fondement et le guide des actions de l'État (art. 1°), ce qui implique qu'ils orienteront les objectifs de l'État et serviront de critères d'interprétation et d'orientation dans la création des futures normes et actions publiques. En outre, cette approche est incorporée de manière transversale dans le texte constitutionnel, en imprégnant divers organismes publics et en incluant les Forces armées et la Police. Dans le même sens, la promotion et le respect des droits humains dans les relations internationales de l'État sont consacrés (article 14).

D'autre part, elle règle un débat doctrinal et jurisprudentiel concernant la hiérarchie du droit international des droits humains dans notre pays, en considérant que le droit international des droits humains fait partie intégrante de la Constitution -en référence au bloc de constitutionnalité- et jouit d'un rang constitutionnel (article 15). Dans ce sens, non seulement les traités internationaux relatifs aux droits humains sont expressément incorporés, mais aussi les principes généraux (qui sont fondamentaux en matière de droits humains, comme le principe pro persona) et le droit international coutumier.

Un autre élément pertinent est la consécration de l'égalité matérielle, de l'égalité entre les sexes et la reconnaissance des groupes en situation de discrimination structurelle qui nécessitent l'adoption de mesures par l'État afin de pouvoir exercer et jouir des droits dans des conditions d'égalité. Le nouveau texte reconnaît les droits des personnes handicapées, des personnes neurodivergentes, des enfants et des adolescents, des personnes privées de liberté, des personnes âgées, des femmes et de la dissidence sexuelle affective, ainsi que la reconnaissance des peuples autochtones et de leurs droits individuels et collectifs.

Elle reconnaît également des droits qui étaient absents de la constitution actuelle, tels que le droit aux soins, les droits sexuels et reproductifs, le droit à une vie sans violence, le droit à un travail décent, le droit à l'eau et le droit à la nature en tant que titulaire de droits, entre autres. En outre, une action pour la protection des droits fondamentaux est établie, qui accorde une protection à tous les droits (y compris le droit à l'éducation et à la santé) et pas seulement à certains d'entre eux. 

En ce qui concerne le cadre institutionnel, le Bureau du Médiateur [Defensoría del Pueblo] est créé, un organisme autonome dont la fonction sera la promotion et la protection des droits humains (art. 123 et suivants), composé du Médiateur [Defensor o Defensora del Pueblo], élu par le Congrès des Députés et la Chambre des Régions, à partir d'une liste de présélection proposée par les organisations de défense des droits humains, en plus d'être intégré par un Conseil. Cette institution vient renforcer la protection qui est aujourd'hui accordée aux droits humains. En inscrivant dans la Constitution l'organe dont l'objet est leur protection et en augmentant la protection effective que peut apporter une institution ayant un tel objet.

Le pouvoir judiciaire est également imprégné des droits humains. Le nouveau texte établit que la fonction juridictionnelle sera exercée conformément aux traités et instruments internationaux relatifs aux droits humains auxquels le Chili est partie, et cherchera à en assurer le respect et la promotion. Et ce n'est pas tout, les droits humains et le respect des obligations internationales en la matière doivent guider les actions de la fonction juridictionnelle, consacrant ainsi le contrôle de la conventionnalité. Elle incorpore également la perspective de genre à la fonction juridictionnelle, qui constitue un outil méthodologique clé pour matérialiser l'égalité, puisqu'elle permet de considérer les différences qui existent entre les hommes et les femmes et qui peuvent être pertinentes pour chaque cas dans ses différentes étapes.

Enfin, nous ne pouvons pas ne pas mentionner la reconnaissance du droit à la mémoire, dans le cadre des garanties de non-répétition, et le rôle de la justice transitionnelle dans la nouvelle constitution, qui établit explicitement que l'État a l'obligation -déjà reconnue dans le droit international des droits humains- de prévenir, enquêter, punir et réparer intégralement les violations des droits humains qui se produisent dans l'État, dans le but d'éviter l'impunité.

En conclusion, le nouveau texte constitutionnel consacre l'engagement de l'État chilien à respecter, protéger et garantir les droits humains conformément aux normes internationales en la matière. Il établit une conception institutionnelle qui garantit qu'il n'est pas volontaire de respecter ou non les droits humains, mais qu'il est obligatoire pour les différentes branches du gouvernement d'incorporer et d'appliquer les droits humains et le droit international en la matière. Ces mandats n'ont d'autre but que de garantir que toutes les personnes puissent exercer et jouir de leurs droits dans des conditions d'égalité. Dans ce sens, nous nous réjouissons également que la perspective de genre ait été incorporée de manière transversale dans le texte constitutionnel, tant dans la conception organique que dans les principes et les droits qui y sont reconnus, ce qui rapproche le Chili du respect des normes internationales en la matière.



* Camila Troncoso, avocate et master en études de genre et culturelles à l'Université du Chili, doctorante en études de genre à l'Université de Valencia. Elle fait partie de l'Association des avocates féministes et a été coordinatrice de la Commission des droits humains (ABOFEM). 

* Lieta Vivaldi, avocate et diplômée en Genre et Violence de l'Université du Chili, Master en Sociologie de la London School of Economics and Political Sciences, et Doctorat en Sociologie de Goldsmiths, Université de Londres. Elle est maître de conférences à l'Universidad Alberto Hurtado au Chili, où elle dirige le programme Genre, droit et justice sociale, et chercheuse au Centre d'études d'éthique appliquée de l'Université du Chili. Conseillère de l'Institut National des Droits Humains (INDH). Elle fait partie de l'ABOFEM où elle coordonne la commission académique.



[1] Traduit de l’espagnol par Andrea Balart.




[esp] Camila Troncoso y Lieta Vivaldi - Derechos humanos y género en la Nueva Constitución de Chile

La nueva constitución representa un avance sustancial en materia de protección de derechos humanos, superando las falencias y ausencias del actual texto constitucional. Asimismo, es clave considerar que desde el Derecho Internacional de los Derechos Humanos ha habido un reconocimiento y protección de derechos claves para niños niñas y adolescentes, mujeres y personas de diversidades y disidencias sexuales. Un país como Chile, que se ha enfrentado a violaciones a los derechos humanos, y en el cual ha habido discriminaciones permanentes a grupos históricamente excluidos, debe basarse en un pacto social que no genere dudas respecto al compromiso de respetar, proteger y garantizar los derechos humanos, y que establezca mandatos generales y especiales a los distintos organismos del Estado. 

La propuesta reconoce a los derechos humanos como fundamento y guía del actuar del Estado (art. 1°), lo que implica que estos orientarán los fines del Estado, servirán como criterio interpretativo y rector en la creación de futuras normas y de actuaciones públicas. Además, se incorpora este enfoque en forma transversal en el texto constitucional, permeando a diversos organismos públicos e incluyendo a las Fuerzas Armadas y las Policías. En ese mismo sentido, se consagra la  promoción y respeto a los derechos humanos en las relaciones internacionales del Estado (art. 14°).

Por otro lado, viene a zanjar un debate doctrinario y jurisprudencial respecto a la jerarquía del derecho internacional de los derechos humanos en nuestro país, al considerar que el derecho internacional de los derechos humanos forma parte integral de la Constitución -en referencia al bloque de constitucionalidad- y goza de rango constitucional (art. 15). En ese sentido, se incorporan expresamente no sólo los tratados internacionales de derechos humanos, sino también los principios generales (que en materia de derechos humanos resultan fundamentales, como el principio pro persona) y el derecho internacional consuetudinario.

Otro elemento relevante, es la consagración de la igualdad sustantiva, la igualdad de género y el reconocimiento de grupos que se encuentran en situación de discriminación estructural que requieren de la adopción de medidas por parte del Estado para poder ejercer y gozar los derechos en igualdad de condiciones. El nuevo texto reconoce derechos a las personas en situación de discapacidad, personas neurodivergentes, niños, niñas y adolescentes, personas privadas de libertad, personas mayores, mujeres y disidencias sexo afectivas, así como el reconocimiento de los pueblos originarios y sus derechos individuales y colectivos.

Asimismo, se reconocen derechos que se encontraban ausentes de la actual constitución, como el derecho al cuidado, derechos sexuales y reproductivos, derecho a una vida libre de violencia, derecho al trabajo decente, derecho al agua y a la naturaleza como titular de derechos, entre otros. Además, se establece una acción de tutela de derechos fundamentales que otorga protección a todos los derechos (incluyendo el derecho a la educación y salud) y no sólo a algunos. 

En relación con la institucionalidad, se crea la Defensoría del Pueblo, organismo autónomo que tendrá como función la promoción y protección de los derechos humanos (art. 123 y siguientes), compuesto por el Defensor o Defensora del Pueblo, a elección del Congreso de Diputados y Diputadas y la Cámara de Regiones, a partir de una terna propuesta por las organizaciones de derechos humanos, además de ser integrado por un Consejo. Esta institución viene a reforzar la protección que hoy se le da a los derechos humanos, consagrando en la Constitución el organismo que tiene como objetivo su protección y aumentando la protección efectiva que una institución de protección de derechos humanos puede otorgar.

El poder judicial también se ve permeado por los derechos humanos. El nuevo texto consagra que la función jurisdiccional se ejercerá conforme a los tratados e instrumentos internacionales sobre derechos humanos de los que Chile es parte, y buscará velar por el respeto y promoción de estos. Y no sólo eso, sino que los derechos humanos y el cumplimiento de las obligaciones internacionales en la materia deberá guiar el actuar de la función jurisdiccional, consagrando de tal forma el control de convencionalidad. Incorpora, también, la perspectiva de género a la función jurisdiccional lo que entrega una herramienta metodológica clave para materializar la igualdad, ya que permite considerar las diferencias que existen entre hombres y mujeres y que pueden ser relevantes para cada caso en sus diversas etapas.

Finalmente, no podemos dejar de mencionar el reconocimiento del derecho a la memoria, como parte de las garantías de no repetición, y el rol que tiene la justicia transicional en la nueva constitución, que consagra explícitamente que el Estado tiene la obligación -ya reconocida en el Derecho Internacional de los Derechos Humanos-, de prevenir, investigar, sancionar y reparar integralmente las violaciones a los derechos humanos que ocurran en el Estado, con el objetivo de evitar la impunidad.

En conclusión, el nuevo texto constitucional viene a consagrar el compromiso del Estado de Chile con el respeto, protección y garantía de los derechos humanos acorde a estándares internacionales en la materia. Establece un diseño institucional que asegura que no sea voluntario el cumplir o no los derechos humanos, sino sea obligatorio para los distintos poderes del Estado, incorporar y aplicar los derechos humanos y el Derecho Internacional de los Derechos Humanos. Estos mandatos no tienen otro fin que no sea el garantizar que todas las personas  puedan ejercer y gozar de sus derechos en igualdad de condiciones. En este sentido celebramos también que la perspectiva de género haya sido incorporada de forma transversal en el texto constitucional, tanto en el diseño orgánico como en los principios y derechos que allí se reconocen, acercando a Chile al fin a cumplir los estándares internacionales en la materia.



* Camila Troncoso, abogada y magíster en Estudios de Género y Cultura de la Universidad de Chile, doctoranda en Estudios de Género de la Universidad de Valencia. Es parte de la Asociación de Abogadas Feministas y fue coordinadora de la Comisión de Derechos Humanos (ABOFEM). 

* Lieta Vivaldi, abogada y diplomada en Género y Violencia por la Universidad de Chile, magister en sociología por London School of Economics and Political Sciences, y doctora en sociología por la Goldsmiths, Universidad de Londres. Académica de la Universidad Alberto Hurtado de Chile, donde dirige el programa de Género, Derecho y Justicia Social. Investigadora del Centro de Estudios para la Ética Aplicada de la Universidad de Chile. Consejera del Instituto Nacional de Derechos Humanos (INDH). Es parte de ABOFEM donde co-coordina la Comisión Académica.




[esp] Ana María Del Río - Las razones de aprobar

Las razones de aprobar
Son tantas que ya no quiero
Dejarlas en el tintero
Y las paso a declarar.

Plurinación le tenemos
Y se la paso a explicar:
En el nuestro territorio
No habrá nadie que nos sobre:
Cuentan hombres y mujeres
Les niñxs cuentan también
Son ellos los que mañana
Cuenta de país nos cobren
Y todas las disidencias
Sexogenéricas pueden
Nacer y tomar espacio
Y la mujer podrá en Chile
Tal como dice Simone
Llegar a serlo con creces
Que no hay que ir tan despacio
En tratarnos con respeto,
Con cariño y con justicia
Así el país no se vicia
Y crece su autonomía
Cuando todos, todos juntos
Compartimos día a día.
Con igualdad sustantiva
Y paridad ante la Ley
Formaremos democracia
Que integre a toda la grey.
Constitución paritaria
No a la discriminación
De mujeres y de niños
Ni de otra orientación. 
Ya no habrá discriminados
Y la exclusión se acabó
Punto final en la historia
Ese asunto terminó.
Democracia paritaria
Le llevaremos desde hoy
De género la igualdad
Para tomar decisiones
Y respetar las razones
Sentimientos y emociones
De los variados colores
Sin importar procedencia
Esto es vivir con decencia
Con el corazón bien puesto
República solidaria
Igual goce de derechos
Equidad con inclusión
Mostrará que en nuestra patria
Todos tenemos bien puesto
Muy bien puesto el corazón.
Reconocemos que somos 
Muy chilenos y que Chile
También es Mapuche, Aymara,
Rapa Nui y Licanantay
Muy Quechua, Colla y Diaguita
Kawaskar, Selknam, Yaghan
Y todos los otros pueblos
Que por ley en Chile están.
Esto es hermoso, señores
Porque tendremos derechos
Los tendremos cada uno:
Derecho a la autonomía
Derecho a propia cultura
A tener nuestras costumbres
A comer nuestras verduras
A participar en pleno
De toda la geografía
En este Pueblo de Chile
Y sus diversas naciones
Formadas por almas miles
Con la dignidad humana
Como derecho esencial
La democracia se teje
En este Chile alargado
Lleno de sueños, plantado
En este teje y maneje
De la América del Sur
Con su futuro anidado
De tiranos no se deje
Con libertad empareje
Los tiranos del pasado
Plebiscito que prepara
Como no hay otro igual
Un país acojonado
Llena de sueños, plantado
En el alma de la gente
Que necesita, por fin
Un texto que diga a Chile
Para el futuro y presente.



* Ana María Del Río (1948) escritora feminista, novelista, cuentista. Profesora de Castellano, Universidad Católica de Chile.  Pertenece a la Nueva Narrativa Chilena de los Noventa. Su tema: la mujer en lo que ella llama "el territorio minado de la familia chilena". Su más reciente novela es JERÓNIMA Ed.Zig-Zag, Chile, 2020.




[eng] Javiera Manzi - The Constituent Process is also all these, our, histories

I came by bicycle from the former National Congress after a long day in the Constitutional Convention where the first articles of Justice Systems were voted. Suddenly I was overcome by something like a tremor in my whole body and then that cry, like a dam overflowing. 

I thought about that day at the Justice Center when my friends from the Coordinadora Feminista 8M [Feminist Coordinating March 8th Committee], the Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres [Chilean Network Against Violence against Women], my neighbors from the territorial assembly, my friends, my lawyers, my mother with her lifelong friends, my family and the families of the three accused arrived. I thought of each person who was present that day, but above all in the previous ones and how I am deeply grateful to them. 

I remember us doing the LasTesis [The theses] performance that morning, "patriarchy is a judge" we shouted so loud right there in front of the judges, in front of that giant glass and concrete building.

Three days after the Feminist General Strike, on March 11, 2020 we had the final hearing of a bullshit trial for the lawsuit we faced for allegedly defaming a government authority. We, the three accused, got to know each other in the process and learned to accompany each other.

I thought about that process that took more than a year of our lives, of our sleeplessness, of our impotence for being involved in a trial that was about all that "violence they do not see". While I was pedaling I thought about each hearing and its preparations, I remembered that lunch where we told each other those stories that led us to meet and that each one of us had lived more than 10 years ago. Experiences that were brought back to life with that spectral presence that dwells in so many of our silences. I remembered how I memorized my testimony for that hearing, to which after all they did not come, they excused themselves and we could not beat them either as we had hoped for months.

I thought of all those moments of one more story among so many others, I thought of how I will return to it in the future when it becomes increasingly unthinkable that others will get to live it.

Today, Chile became the first country in the world to enshrine the gender perspective and parity as a principle of the exercise of justice in the New Constitution of the Republic draft. And this, which is a profound and collective triumph of the feminist movement, is also and most intimately, each and every one of these small battles. 

I thought of that day where I felt so deeply vulnerable and accompanied, and just as I arrived home tonight, I felt again that relief of when I knew it was over. 

I thought about that echo in the courts that I hear again today. That echo that repeated in many voices a certainty with which we learned to conjure shame and fear.
 
"The fault was never ours, nor where we were, nor how we dressed."

I smile. The Constituent Process is also all these, our, stories.



* Javiera Manzi A. Sociologist, archivist at the University of Chile. Researches the intersections between graphics, politics and social movements; co-author of the book "Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989" [Graphic Resistance. Dictatorship in Chile 1973- 1989"]. Militant of the Coordinadora Feminista 8M [Feminist Coordinating March 8th Committee], she was advisor to Alondra Carrillo in the Constitutional Convention. She has written books, articles and columns on feminist politics and social revolt in Chile.



[1] Translated from the Spanish by Andrea Balart.




[fr] Javiera Manzi - Le processus constitutionnel, c'est aussi toutes ces, nos, histoires

Je suis venu en vélo de l'ancien Congrès national après une longue journée à la Convention constitutionnelle où les premiers articles des systèmes de justice ont été votés. Soudain, j'ai été envahi par quelque chose comme un tremblement dans tout le corps et ensuite ce cri, comme un barrage qui déborde. 

J'ai pensé à ce jour au Centre de Justice quand sont arrivées mes amies de la Coordinadora Feminista 8M [Comité de coordination féministe du 8 mars], de la Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres [Réseau chilien contre la violence à l'égard des femmes], mes voisines de l'assemblée territoriale, mes amies, mes avocates, ma mère avec ses amies de toujours, ma famille et les familles des trois accusés. J'ai pensé à chaque personne présente ce jour-là, mais surtout aux précédents, et à combien je leur suis profondément reconnaissante. 

Je me souviens que nous avons fait la performance LasTesis [Les thèses] ce matin-là, « le patriarcat est un juge », nous avons crié si fort juste là devant les juges, devant ce bâtiment géant de verre et de béton.

Trois jours après la Grève Générale Féministe, le 11 mars 2020, nous avons eu l'audience finale d'un procès à la con auquel nous faisions face pour avoir prétendument diffamé une autorité gouvernementale. Nous, les trois accusées, avons appris à nous connaître au cours de ce processus et avons appris à nous accompagner les unes les autres.

J'ai pensé à ce processus qui a pris plus d'un an de nos vies, à nos insomnies, à notre impuissance à être impliqués dans un procès qui portait sur toute cette « violence qu'ils ne voient pas ». Tout en pédalant, j'ai pensé à chaque audience et à ses préparatifs, je me suis souvenu de ce déjeuner où nous nous sommes racontés ces histoires qui nous ont amenés à nous rencontrer et que chacun d'entre nous avait vécues il y a plus de 10 ans. Des expériences qui ont été ramenées à la vie avec cette présence spectrale qui habite tant de nos silences. Je me suis rappelé comment j'avais mémorisé mon témoignage pour cette audience, à laquelle après tout ils ne sont pas venus, ils se sont excusés et nous n'avons pas pu les battre non plus comme nous l'espérions depuis des mois.

J'ai pensé à tous ces moments d'une histoire de plus parmi tant d'autres, j'ai pensé à la façon dont j'y reviendrai à l'avenir, lorsqu'il deviendra de plus en plus impensable que d'autres puissent la vivre.

Aujourd'hui, le Chili est devenu le premier pays au monde à inscrire la perspective de genre et la parité comme principe de l'exercice de la justice dans le projet de Nouvelle Constitution de la République. Et ceci, qui est un triomphe profond et collectif du mouvement féministe, est aussi et plus intimement, chacune de ces petites batailles. 

J'ai pensé à ce jour où je me suis sentie si profondément vulnérable et accompagnée, et juste en arrivant chez moi ce soir, j'ai ressenti à nouveau ce soulagement du moment où je savais que c'était fini. 

J'ai pensé à cet écho dans les tribunaux que j'entends à nouveau aujourd'hui. Cet écho qui répétait à plusieurs voix une certitude avec laquelle nous avons appris à conjurer la honte et la peur.
 
« La faute n'a jamais été la nôtre, ni l'endroit où nous étions, ni la façon dont nous étions habillés. »

Je souris. Le processus constitutionnel, c'est aussi toutes ces, nos, histoires. 



* Javiera Manzi A. Sociologue, archiviste à l'Université du Chili. Cherche les intersections entre le graphisme, la politique et les mouvements sociaux ; co-auteur du livre « Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989 » [Résistance graphique. Dictature au Chili 1973- 1989]. Militante de la Coordinadora Feminista 8M [Comité de coordination féministe du 8 mars], elle a été conseillère d'Alondra Carrillo lors de la Convention constitutionnelle. Elle a écrit des livres, des articles et des chroniques sur la politique féministe et la révolte sociale au Chili.


[1] Traduit de l’espagnol par Andrea Balart.




[esp] Javiera Manzi - El proceso constituyente es también todas estas, nuestras, historias

Me vine en bicicleta desde el ex Congreso Nacional luego de una extensa jornada en la Convención Constitucional donde se votaron los primeros artículos de Sistemas de Justicia. De pronto me invadió algo así como temblor en todo el cuerpo y luego ese llanto como de un dique que se desborda. 

Pensé en ese día en el Centro de Justicia cuando llegaron compañeras de la Coordinadora Feminista 8M, de la Red Chilena Contra la Violencia Hacia Las Mujeres, mis vecinas de la asamblea territorial, mis amigas y amigos, mis abogadas, mi mamá con sus amigas de toda la vida, mi familia y las familias de las tres acusadas. Pensé en cada persona que estuvo presente ese día, pero sobre todo en los anteriores y en cómo se los agradezco en lo más profundo. 

Nos recuerdo haciendo la performance de LasTesis esa mañana, "el patriarcado es un juez" gritamos tan fuerte ahí mismo frente a los jueces, frente a ese edificio gigante de vidrio y hormigón.

A tres días de la Huelga General Feminista, el 11 de marzo de 2020 tuvimos la audiencia final de un juicio de mierda por la querella que enfrentamos por supuestas injurias a una autoridad del gobierno. Las tres acusadas nos conocimos en el proceso y aprendimos a acompañarnos.

Pensé en ese proceso que tomó más de un año de nuestras vidas, de nuestros desvelos, de nuestra impotencia por vernos envueltas en un juicio que era sobre toda esa "violencia que no ven". Mientras pedaleaba pensé en cada audiencia y sus preparaciones, recordé ese almuerzo donde nos contamos esas historias que nos llevaban a encontrarnos y que habíamos vivido cada una hace más de 10 años. Experiencias que reflotaron con esa presencia espectral que habita en tantos de nuestros silencios. Recordé como memoricé mi testimonio para esa audiencia a la que después de todo no llegaron, se excusaron y no pudimos tampoco ganarles como habíamos esperado por meses.

Pensé en todos esos momentos de una historia más entre tantas otras, pensé en cómo volveré sobre ella en el futuro cuando resulte cada vez más impensable que otras lleguen a vivirla.

Hoy, Chile pasó a ser el primer país en el mundo en consagrar la perspectiva de género y la conformación paritaria como un principio del ejercicio de la justicia en el proyecto de Nueva Constitución de la República. Y esto, que es un triunfo profundo y colectivo del movimiento feminista, es también y en lo más íntimo, todas y cada una de estas pequeñas batallas. 

Pensé en ese día donde me sentí tan profundamente vulnerable y acompañada, y justo al llegar a mi casa esta noche, volví a sentir ese alivio de cuando supe que se había acabado. 

Pensé en ese eco en los tribunales que hoy vuelvo a escuchar. Ese eco que repetía a muchas voces una certeza con la que aprendimos a conjurar la vergüenza y el temor.
 
"La culpa nunca fue nuestra, ni donde estábamos, ni como vestíamos."

Sonrío. El proceso constituyente es también todas estas, nuestras, historias.



* Javiera Manzi A. Socióloga, archivera de la Universidad de Chile. Investiga los cruces entre gráfica, política y movimientos sociales; coautora del libro "Resistencia Gráfica. Dictadura en Chile 1973- 1989". Militante de la Coordinadora Feminista 8M, fue asesora de Alondra Carrillo en la Convención Constitucional. Ha escrito libros, artículos y columnas sobre política feminista y la revuelta social en Chile.




[fr] Lou Cadilhac - Emprise

Ce qu’on n’a jamais pu faire flotter 
Vaguement, jusqu’aux rivages autres
Les mots qui ne sortiront pas 
N’iront nulle part
Emprise 
Emprise tu n’as pas de forme
Ils ne voient rien de ton être 
Emprise ils te dénoncent, 
Mais ils ne connaissent rien des vaisseaux qui te transfusent
Ils te dénoncent 
Mais ils ne comprennent pas l’épaisseur de tes racines 

Et je ne peux aller plus loin dans ma gorge. 
…………………………………………………………………………………………………………………………

Il y a un blocage qui s’est inscrit dans ma pensée depuis un moment, une incertitude dont je n’arrivais pas à me défaire ; comme quelque chose, sur les rivages de mon esprit, que je voyais de loin, et, plissés les yeux : il y avait, cela, un regard flou dans ma tête quand je pensais à : ces choses. 

Ces choses, tous ces mots pleins de langage déjà structuré, tous ces mots pleins de bon sens, pleins d’expertise psychologique, mais dont l’essentiel me manquait : leur mise en relation, dans ma représentation, avec ces brumeux blocages bâtis avec acharnement et silence, que j’avais ressenti : dans mes muqueuses et, au fond de ma gorge. 
J’ai entendu : emprise, j’ai lu : manipulation, j’ai vu : violence. 

Mais jamais dans ces mots, je n’ai pu retrouver le vertige qui existe dans ces brumes-là ondoyantes, lourdes et verdâtres, la sueur de mon ventre et l’acidité qui remonte doucement dans mon thorax ; jamais, quand j’ai partagé ces mots – quand j’ai discuté de l’ « emprise », je n’ai pu donner, à ces autres, l’idée de la noirceur tourbillonnante qui s’était installée en moi quand, après que : son visage à lui est venu, quand il est apparu et qu’il m’a dit « je ne veux pas que tu lui parles » et « je vais vérifier ton téléphone », et que j’ai vu se déliter doucement mais fermement cette idée que j’avais de cet homme, cette certitude que j’avais de ma peau avec cet homme et ce combat acharné entre la nécessité de survivre en partant, et le besoin de survivre en restant, parce que partir c’était comme : couper sous moi tout ce qui était là depuis un an, c’était me dire : tu as des yeux remplis de brume et tu as fait : un mauvais choix ; c’était accepter : mon discernement psychologique, il n’y a rien que j’ai en moi de discernement, et puis les autres, moi avec les autres, me voir comme ça toute rayée, toute barbouillée de sa toxicité – de notre toxicité je savais qu’ils allaient me regarder comme ça doucement avec un peu de compassion mais beaucoup surtout de : pas qui s’en va par derrière, marche avec les yeux en face des miens mais les talons s’éloignent juste ce qu’il faut pour que je me rende compte que ce qu’il reste encore c’est : silence, et acidité et brume dans mon ventre et mon thorax. 

Tout ce qui construit ma vie depuis des mois, ce n’est : rien. Parce que je suis dessous, bien à plat-ventre en deçà de son emprise, parce que quand ces frémissements arrivent par le nord je ressens une angoisse-là de déclencher une explosion : viscérale. 

Je n’ai jamais pu confier, même quand je discutais d’emprise émotionnelle avec mes amies, cette peur immense, de révéler aux autres à quel point j’avais pu m’enfoncer dans une situation désespérée, j’ai eu tellement peur, tellement peur et sur mon front : victime, et puis, fragile, et puis : trop gentille. 
Et moi je regarde dans mes cavités : il y a, il y a une déformation des mots à l’origine du langage.

Et il y a deux choses qui se jouent en moi. Il y a cette expérience passée, de savoir que mes paniques étaient indicibles, que personnes ne pouvaient me sauver de cette déchirure hebdomadaire de ma peau qui avait eu lieu dans des immensités archaïques et ineffables. Ce blocage-là m’appartient : il est une difficulté qui m’est propre, que je dois travailler, que je dois déconstruire ; il a une archéologie, que je devine souvent de façon floue, mais qui existe quelque part, et qui fait remonter des flux tenaces dans la surface de mon être. 


Et puis, et puis il y a : nous tous, et notre incompétence émotionnelle, et notre indisponibilité – il faut d’abord s’occuper de soi-même, et la voisine d’Anouk, on ne s’en serait jamais douté, il avait l’air si normal, mais alors pourquoi vous auriez pu vous en douter si à chaque vulnérabilité dévoilée vous reculez : on ne veut pas savoir- désolée je n’ai pas le temps ; et je veux : leur dire, je vais mal, mais je vois qu’ils vont dire : désolée et puis « le sourire », mais ensuite, un pas de recul, lent et parcimonieux, mais il a reculé et je sais que cet éloignement est là parce que je suis triste et que mes problèmes ne sont pas de ceux dont on peut parler tous les jours alors la voisine elle a perdu pied et puis pourquoi elle n’a rien raconté mais le lendemain peut-être une petite fille avec l’entre-jambe qui la démange mais il ne faut pas se mêler des affaires des autres et voilà comment on massacre les femmes tous les jours c’est les sourires légers qui les assassinent c’est la certitude perspicace et ignoble d’être la seule chose de pesante et de glauque autour d’elle alors moi la boue je l’ai bien bouffé par toutes les extrémités pour qu’elle reste en moi et puis 

Et puis 

Et puis je déteste, parfois : que les gens ne veulent rien voir.



* Lou Cadilhac 
J’ai toujours trouvé dans la littérature l’espace de ma plus intime intériorité. Je suis passionnée par la compréhension de mon existence et du monde, fascinée par l’altérité qui est soi et par l’étranger qui nous appartient. 
 



[eng] Amanda Ahumada – Funny girl

I wish I could cut myself into little pieces
And put me in a box
Would you like me better?
It would be all pretty and petite
You could keep me on your dresser drawer, and take me out for fancy parties
I am using up too much space
Catch my screams in a perfume bottle
Me suffocating smells sexy, don’t you think?
I always wished to be pretty in pink
I am using up too much space
My thighs spread out on the chairs
Can you carve me into a carcass?
Can you carve my pumpkin smile?
A smile, a smirk
I shouldn't be happy
I don’t deserve it
Please let me be smaller

Please cut me into little pieces and let me hide away
Please sew my lips, tie down my wicked tongue
I am much too loud and I can't stand the noise 
Silence 
It's all too loud
Make it pretty
Make it pink
I wish I could cut myself into little pieces
And put me in a box
Would you like me better?
Squash my sass
How unbecoming is sarcasm on the pink lips of a lady
How dare I claim the freedom in funniness
How dare I laugh...
At you
The loudest sound is a woman’s laughter, it makes you have to listen
But you don't want to hear, do you?

Oh no, I have done it again
I overstepped, just put me back in my box
All pretty and pink
You will like me better
In little pieces I am easier to swallow
I wouldn't want
you 
to 
choke



* Amanda Ahumada
I was born in Calgary, Alberta, Canada February 1979 to two Chileans. At 13 years of age, I started a new chapter of my life when my parents returned to Chile.
I have a beautiful daughter who fills my soul with joy.
Stand-Up Comedy The Chistolas:
Storytelling in Santiago:




[fr] Flora Souchier - Ciseaux d’arrêt

Je sens avec ma main la maille de son désir 
Les rets de ses attentes
J’avance dans ce réseau 
Inextricable ring 
Réduite à résonner 
Niée

Toute la journée j’écoute les autres
Quoi que j’aie l’air de faire on me tasse sa parole 
Sans me sonder on me sature
Je suis toute oui ?

La nuit se déroule j’aspire à dormir 
Il ne sait pas ce que c’est, lui
Être une jarre 
Et être pleine
Il ne dort pas Il parle Il crie 
Et moi muette
À cran
Empêtrée dans ses arguments
Je cours de maille en maille cherchant l’air 
le recul
le jeu 
Rien
Cherchant à vivre

La nuit le jour 
L’absence d’espace
Quoi que je dise quoi que j’aie l’air 
Il faut encore qu’il ait sa part
J’ai dit J’ai mal

Je suis le territoire des autres 
Jusqu’à prouesse de barricades 
C’est ça le premier tour de cartes

Eh bien non 
Assise en rond 
Je forge en secret
Mes ciseaux d’arrêt 
Je rêve
Je reprends mon temps 
Mon vagin
Ma vie
Et puis je m’en vais



* Flora Souchier. Elle est comédienne et autrice. Le chant polyphonique, l’énergétique et la pédagogie sont ses autres chantiers d’exploration. Son premier recueil, Sortie de route, lauréat du Prix de la Vocation Poétique, est paru chez Cheyne en 2019. Adapté avec les fondatrices de la Compagnie Opoponax, il existe désormais en version sonore. On peut l’écouter ici : sortie-de-route.lepodcast.fr Et sur toutes les plateformes et applications de podcasts.




[esp] Caroline Cruz (Afrobolada) - Donde nacen las mariposas

Negación

Mi menstruación llegó por primera vez a mis 13 años. Ya sabía de qué se trataba, y cuando vi mi ropa íntima manchada con sangre, exclamé un “¡oh no!” mientras algunas lágrimas salían de mis ojos. Con el calzón a la altura de las rodillas, busqué a mi madre.

- ¡Mira, mamá! – Ella bajó la mirada y subió la sonrisa; primero sonrió con los ojos, después mostró los dientes. - ¡Te convertiste en mujer, Carol!”

Al menos alguien estaba feliz…

El día siguiente a mi menarca fue melancólico. Tan frío y nublado que hasta parecía que la noche había sido parida de forma prematura, a las dos de la tarde. De alguna forma sabía que mi estado de ánimo tenía que ver con la sangre que salía por mi vagina. No pude procesarlo rápidamente y, para ser honesta, aún estoy procesando todo…
Parecía no haber estudiado lo suficiente para saber qué tenía que hacer desde entonces.
Trece años.

Después de poco tiempo, el cuerpo metamorfoseó y, lo que empezó como una transformación gradual y suave, luego se convirtió en un tsunami que llegaba desde el horizonte y no podía ser detenido. Entonces me rendí; cedí espacio al cuerpo que exigía cambios.

Ira

Tampoco bastó mucho tiempo para que hombres mucho mayores que yo empezaran a mirarme de una manera que dialogaba con un lugar de miedo primitivo e instintivo. No solo por la forma, sino también porque les gustaba exhibir aquellos ojos. No era sutil. Un día, un amigo de la familia, que tenía la edad para ser mi padre, comentó que “ya era hora de empezar a jugar…” con una sonrisa maliciosa estampada en su rostro. En aquel momento entendí la urgencia que todos parecían tener al preguntar si yo ya había menstruado o no. La sangre era la prueba de que yo ya no era una niña y ahora ellos tenían pase libre para intimidar mi cuerpo como bien quisieran. Cómodos. Ellos depredadores, yo caza; comencé a evitarles.

Una red de apoyo se abrió para mí en el liceo. No sé si existía previamente, pero era, a lo menos, imperceptible para las que aún no habían menstruado. Era como un club secreto donde solo entraba quien tenía la contraseña: “amiga, puedes ver si estoy manchada?” Los comentarios eran siempre cargados de vergüenza, como si no fuera una temática que mereciera naturalidad. Las toallas higiénicas eran traficadas como paquetes de cocaína.
En un día asoleado, y me acuerdo porque no había una sola alma con un abrigo en la escuela, menstrué. El chorro de sangre fue expelido después de estornudar y pasaron apenas segundos para que sintiera mi calzón mojado en contacto con mi piel. Esta misma sensación pasó y va a pasar muchas veces durante mi vida, pero como cualquier primera vez, entré en pánico.

Mi intento por esconder la mancha fue en vano y, aquella tarde, todos los compañeros me gritaban palabras de odio por dejar la sangre a la vista. Las chicas armaron algún tipo de defensa, pero la hostilidad era tanta que todas nos silenciamos después de un rato.

Mi enojo por todo este asunto fue ganando proporciones significativas. Recién había empezado y ya quería la menopausia. Tanto odio en mi pecho me hizo pensar en todas las posibilidades de acabar con el asunto. No quería menstruar más y estaba dispuesta a hacer cualquier cosa para conseguir mi objetivo. Hice lo que cualquier adolescente haría…

Llegué a mi casa en un estado de trance absoluto, encontré un cuchillo puntiagudo y afilado y me metí en el baño. Lloraba mucho. Delante del espejo, pequeño y redondo, corté las puntas de mis dedos y repetí, “ven, llévate mi sangre y te doy mi alma a cambio”, siete veces. Era un ritual de invocación. La gota de sangre corría por mi dedo índice y tan pronto hizo contacto con la superficie del lavamanos, entendí que la invocación había finalizado. Me veía en el espejo, pero sabía que estaba delante de él, aunque viera mi propia imagen en el reflejo.

Mi voz hizo eco en el espacio: ¿Estás segura de que quieres esto? Le señalé que sí y escuché un “está bien”, seguido de una risa burlona que no me hizo sentir miedo, ya que salía de mi propia boca.

Dejé de menstruar. El pacto con Lucifer había funcionado y yo estaba condenada a residir eternamente en el infierno, pero disfrutaría de toda una vida sin menstruar.
El primer mes fue de puro alivio, pues no tenía ninguna fe de que el pacto hubiera surtido efecto. Me sentía tan libre que vivía, irónicamente, como si estuviera en un comercial de toallas higiénicas.

El segundo mes fue más complejo, empecé a digerir la idea de pasar toda la eternidad quemándome en el fuego del infierno y, obviamente, el miedo de morir me poseyó. No podía darme el lujo de fallecer. El cuerpo comenzó a reaccionar al pacto y mi cara se convirtió en un campo minado de espinillas, los pechos muy hinchados y la sospecha de que estaba embarazada surgió cuando dejé de pedir toallas a mi madre.
Mamita lidiaría bien con una hija vendida al Demonio, pero con un embarazo en la adolescencia, ¡no!
Al final del tercer mes, ya no dormía. Escuchaba la risa burlona siempre que intentaba descansar. El Capeta estaba disfrutando con mi sufrimiento.

Negociación

Exhausta, en el mismo espejo en que la vendí, fui a reivindicar mi alma de vuelta. Oré y pedí para que alguien, un adulto, preferentemente, interviniera a mi favor. Aquella noche soñé que caminaba por un valle oscuro, con barro y muy nebuloso. Perdida, anduve por horas con un cuchillo enterrado en mi cuerpo a la altura del útero. No dolía, pero no lograba quitarlo.
Entonces, me encontré con un lago y el agua era roja como sangre. Allí me incliné y vi a alguien en mi propio reflejo: Jesucristo.
“¿Por qué?” me preguntó. 
“No aguanto más...” contesté. “¿Será siempre así?”

Él se rio y dijo que yo aún no había descubierto el misterio pero que, en algún momento, este se revelaría. Sacó el cuchillo de mi estómago y susurró “Vete y no peques…”

Depresión

Desperté menstruadísima; sangre por todos lados, como si aquel lago rojo hubiera sido transportado a las sábanas blancas de mi cama.
Nunca hice las paces con el asunto; la menstruación me quitó espacio, apretó y sofocó. Significó perder demasiado y a la vez me deprimí.

Aceptación

Conversando con una amiga, le pregunté: ¿hay algo positivo en menstruar? Ella pensó bastante rato y luego dijo un seco y muy chistoso “nada”. Completó su raciocinio y, sin percibir, dio un lindo discurso sobre la aceptación.

“Sabes... estoy cansada de luchar contra la menstruación. Entonces, estoy aprendiendo a amarme con ella, a gustarme con la menstruación porque será parte de mí durante mucho tiempo… ¡es así! Ya conozco las herramientas que necesito para lidiar con ella y lo hago desde un lugar más empático conmigo misma. No voy a echarme la sangre en la cara, hacer máscaras… o ponerla en las plantas, no… pero he aprendido a gustarme, aunque esté menstruada… Ya basta de todo el odio direccionado a mi cuerpo que proviene desde afuera, de la historia… Estoy cansada de odiarme; entonces... acepto. Yo me acepto.”

La manera en la que dijo todo eso fue como si revelara un gran misterio.



* Caroline Cruz (Afrobolada) es una escritora brasileña residente en Chile. Escribe crónicas autobiográficas que reflejan su lugar social en el mundo y temáticas como el feminismo y el racismo estructural están constantemente en sus escritos desde una perspectiva muy íntima. Puedes conocer más de su trabajo en su perfil @afrobolada




[eng] Camila Vaccaro - The Witch

In the nights of moon and alcohol
I become the only thing I am
A witch with claws that scare
With iguana plumage and legs
I run free down the alley
In the dark I feel better.

With my anteater tongue
I suck insects through the holes
And since I now have eight legs
I climb the walls like a spider
I've never felt so good before
With my steed-shaped tail. 

My little mouth full of cockroaches
Makes anyone who passes by fall in love 
The tentacles in my hair
Hypnotizes cats and mice 
That I eat quietly afterwards 
With pepper, rosemary and merken.

If one of those nights you see me 
Who knows what may happen
I'll devour you to the core, 
Then I’ll jump from your window
And lose myself in the huge city, 
In the woods or above the sea
I assure you, you won't find me.

With the first rays of the sun
The invocation is undone 
And I find myself naked and at home
I smile and go to bed.


[1] You can listen to the song and watch the illustrated video here: link.
The witch
Lyrics and Music: Camila Vaccaro
Animation: Carla Vaccaro


* Camila Vaccaro. Chilean musician -creator and performer- with a repertoire rooted in the popular music and folklore of the South American cone. In 2019 she releases her first solo album "La Bruja" [The Witch], where myths and fantastic characters make up a musical bestiary to the sound of Latin American rhythms and powerful processed sounds. Today she delves into the power of the intimate in a solo format, where raw poetry, strings, accordion and voice, are conjured in the urgent song of these days.


[1] Translated from the Spanish by Andrea Balart.



© Camila Vaccaro. 
Illustration Carla Vaccaro. ig @carlavaccaro_ilustradora



[fr] Camila Vaccaro - La sorcière

Dans les nuits de lune et d'alcool
Je deviens la seule chose que je suis
Une sorcière avec des griffes qui font peur
Avec un plumage et des jambes d'iguane
Je cours librement dans la ruelle
Dans le noir, je me sens mieux.

Avec ma langue de fourmilier
Je suce les insectes par les trous
Et comme j'ai maintenant huit pattes
Je grimpe sur les murs comme une araignée
Je ne me suis jamais senti aussi bien
Avec ma queue en forme de cheval.

Ma petite bouche pleine de cafards
Fait tomber amoureux n'importe qui qui passe
Les tentacules dans mes cheveux
Hypnotise les chats et les souris
Que je mange tranquillement après
Avec poivre, romarin et merken.

Si une de ces nuits tu me vois 
Qui sait ce qui peut arriver
Je te dévorerai jusqu'à la moelle, 
Puis je sauterai de ta fenêtre
Et je me perdrai dans la grande ville, 
Dans les bois ou au-dessus de la mer
Je t'assure que tu ne me trouveras pas.

Avec les premiers rayons du soleil
L'invocation est défaite 
Et je me retrouve nue et chez moi
Je souris et je vais me coucher.


[1] Vous pouvez écouter la chanson et regarder la vidéo illustrée ici : lien.
La sorcière
Paroles et musique : Camila Vaccaro
Animation : Carla Vaccaro


* Camila Vaccaro. Musicienne chilienne -créatrice et interprète- au répertoire ancré dans la musique populaire et le folklore du cône sud-américain. En 2019, elle sort son premier album solo "La Bruja" [La Sorcière], où mythes et personnages fantastiques composent un bestiaire musical au son de rythmes latino-américains et de puissants sons traités. Aujourd'hui, elle plonge dans la puissance de l'intime dans un format solo, où la poésie brute, les cordes, l'accordéon et la voix, sont conjurés dans le chant urgent de ces jours.


[1] Traduit de l’espagnol par Andrea Balart.


© Camila Vaccaro. 
Illustration Carla Vaccaro. ig @carlavaccaro_ilustradora